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 09 - Beuzeley-la-Bastille 

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 09 - Beuzeley-la-Bastille 
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Inscription : Lun 26 Juil 2010 17:45
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Localisation : Tourlaville
Bonjour à tous,


Parfois, en orbite autour d'une planète isolée, des surprises attendent les hardis explorateurs...

EDIT 2010/09/29 : modifié après première relecture.

Citer :
Banthory IV était une planète désertique sans le moindre intérêt. Les Humains qui y vivaient formaient une communauté hermétique, isolée du reste de l'univers connu, prônant un retour aux choses simples et concrètes de la vie. L'idée même de l'existence d'autres espèces intelligentes dans l'Univers était une hérésie qu'ils rejetaient avec autant de ferveur que celle nécessaire pour vivre sur un caillou sableux et venteux à souhait. Pourtant, en orbite géostationnaire de cette planète insignifiante se trouvait un petit bijou de technologie conçu par les Sshaads. Une station spatiale. Son seul inconvénient tenait du fait qu'elle était inachevée.

Les plans originaux prévoyaient qu'elle soit bâtie en forme d'anneau, mais les travaux s'étaient arrêtés bien avant la fin, si bien qu'elle ne possédait qu'un quart de ce dernier, lui donnant ainsi l'aspect d'un minable croissant de lune. Il abritait les zones de vie et tous les organes de contrôle. Un long tube le reliait à la partie centrale, une imposante structure où se situaient les appareils sensibles : générateurs, détecteurs, etc... À l'opposé de celle-ci, trois longs bras portaient chacun une demi-douzaine de panneaux solaires qui fournissaient l'énergie nécessaire au fonctionnement de l'installation. Le soleil de Banthory IV, très proche, les inondaient généreusement de ses rayons. L'ensemble, asymétrique et mal équilibré, donnait l'impression de pouvoir se disloquer à n'importe quel moment. Toutefois, par les grandes baies vitrées de ce croissant de lune, on pouvait apercevoir de la lumière...

Loomah allongea ses tentacules le long du tube de maintenance et, ainsi, put s'en extraire par le petit sas qui y donnait accès. Son corps protoplasmique prit un aspect plus courtaud une fois qu'il fut sorti et, là, le Changeforme attendit, frémissant d'impatience. Il détestait être seul. Ce n'était pas dans la nature de son peuple, attaché à une Ruche où communiaient de nombreux individus. Lui avait choisi la voie de l'Esprit-Un, l'isolement pour ce qu'il avait cru être, au départ, une simple expérience. Mais aujourd'hui, cela faisait plusieurs années qu'il s'était lié à un Humain, un homme d'une étrange complexité. Il aimait sa compagnie et elle lui suffisait à compenser l'absence de la Ruche. Du moins, en partie. Pour l'aspect purement physique, il était obligé d'ingérer un palliatif médicamenteux, mais cette contrainte ne le dérangeait pas. Non, le seul moment où il se sentait perdu, c'était lorsque son ami n'était pas à ses côtés. Dans ces cas-là, comme maintenant, il devenait nerveux et se mettait à trembler.

Soudain, le Changeforme se raidit. Un son familier lui parvenait, sonnant la fin de sa période de solitude. Un Humain s'avançait dans sa direction en sifflotant. Il était de bonne taille, doté d'une carrure trapue et musclée, et semblait monté sur ressorts. Sa tignasse blonde rebelle, complétée par de pétillants yeux verts, était mise en valeur par sa tenue, une combinaison noire constellée de poches de tailles variées pleines à craquer. Loomah aimait dire que son ami pesait deux fois plus lourd lorsqu'il était habillé. Macadam Treipagnol, contrebandier de profession, stoppa en sautillant un moment sur place, un radieux sourire aux lèvres.
- Alors, qu'est-ce que tu en penses ? Fit-il, joyeux.

Loomah, taquin, entama alors une transformation. Il se concentra et, rompu à ce genre d'exercice, copia en un instant l'apparence de son interlocuteur.
- C'est génial ! Répondit-il, moqueur, en imitant la gestuelle de Macadam.
- Ah, c'est malin ! " râla celui-ci. " Sois sérieux et donne-moi ton avis.
- Il faut être sacrément givré pour acheter une base inachevée. Que crois-tu pouvoir en faire ?
- Les systèmes fonctionnent, il y a des zones de vie, de stockage... ce sera une plate-forme idéale pour nos affaires ! Et je te rappelle qu'une route commerciale passe non loin d'ici. Avec les bénéfices que nous ferons, je compte bien terminer cette station, si tu veux savoir.
- Il faudra des années... à moins que ce ne soit des siècles.

Macadam se contenta de hausser les épaules et regarda autour de lui, émerveillé comme le premier jour où il avait visité cette merveille. L'endroit n'était pas abandonné depuis longtemps, tout était neuf et impeccable, il n'y avait donc aucune raison que les choses aillent de travers. Cette fois-ci, son projet marcherait. Il reporta son attention sur Loomah. Le Changeforme avait repris son apparence normale et restait à ses côtés, silencieux. Le contrebandier savait ce que pensait celui-ci. Il l'avait si souvent déçu avec des entreprises fantaisistes qu'aujourd'hui, son ami ne croyait plus en ses facultés. Et pourtant, il le suivait malgré ses doutes, allant ainsi à l'encontre des habitudes de son peuple. Le considérait-il simplement comme un sujet à étudier ? En réalité, il l'ignorait. Loomah l'accompagnait sans émettre aucun jugement, et cela lui suffisait.

Macadam sursauta lorsqu'un grognement sourd rompit le silence. Il se retourna et vit approcher un Bolak, noir comme l'espace ; une espèce répandue sur la planète Svenia. Il s'agissait d'une sorte de gros chien imberbe, à la musculature saillante et souple, doté d'une impressionnante arrête crânienne qui semblait pouvoir résister à n'importe quel choc. Sur son dos, un Marionnettiste était accroché grâce à trois tentacules qui le reliaient au cou de l'animal, lui donnant ainsi accès à son cerveau. Un minuscule appareil était fixé à la gorge du Bolak, et de celui-ci émergea une voix mécanique.
- C'est une installation Sshaad. Comment diable se fait-il que tu aies pu l'acheter ?
- Par l'intermédiaire d'un copain. Alors, ton avis ?
- Les occupants semblent s'être volatilisés. Les journaux de bord ne mentionnent aucune évacuation. Nous devrions partir immédiatement.
- Tu es toujours aussi soupçonneux, mon petit Roh.
- Je suis logique. Il y a eu un problème ici, c'est évident. De plus, je doute que ton copain ait acquis cette station de manière honnête. Tu pourrais avoir des ennuis avec les Sshaads.
- Mais c'est pas vrai ! " Macadam leva les bras au ciel. " Nous avons enfin l'endroit rêvé pour nous installer et vous ne faites que râler !

Le contrebandier donna un coup de pied dans la paroi sur sa droite et se détourna, plongeant dans une bouderie toute juvénile. Certes, il avait cédé à une impulsion, achetant la station sans même l'avoir explorée en entier, mais il savait que ce n'était pas une erreur. C'était exactement ce qu'il cherchait depuis des années : un petit coin tranquille où faire prospérer son commerce. Il ne demandait rien d'autre qu'un peu de confiance.

Roh et Loomah observèrent Macadam, partagés entre l'agacement et la honte. Son comportement enfantin les énervait mais, dans le même temps, ils pensaient comprendre les raisons de l'acharnement dont il faisait preuve. Ils le connaissaient depuis plusieurs années et savaient que sa vie n'était faite que de malheureux revers qui semblaient s'acharner sur lui avec une constance que peu de gens auraient supporté. Pour cette raison, ils devaient au moins essayer de l'aider. Roh s'avança et donna un coup de museau dans le genou de Macadam.
- Dans un premier temps, il faut visiter toutes les installations. " Le contrebandier retrouva aussitôt sa bonne humeur et commença à sautiller sur place. " Tu lui as trouvé un nom, à ta merveille ? Poursuivit Roh.
- Oh oui ! " Il sourit à pleines dents. " Beuzeley-la-Bastille !

Son enthousiasme ne fut pas suffisant pour convaincre ses amis du bien fondé de son choix. Des vagues de lumière parcoururent le protoplasme bleu qui constituait Loomah, comme s'il réagissait aux paroles de Macadam, entre amusement et lassitude. Roh, lui, se contenta de grogner et se dirigea vers un couloir, à l'autre bout de la pièce. Mieux valait entamer la visite au plus tôt.

À nouveau, des formes de vie évoluaient dans la station, pressées d'envahir son domaine. Il était en danger. Même si elles ne fouillaient pas chaque recoin, elles finiraient par le découvrir, car il ne pouvait pas se cacher. Il n'avait nul part où aller, il était prisonnier de ce monstre de métal, incarcéré à jamais dans sa structure. Sa marge de manœuvre était faible : il devait se protéger. Tuer ceux qui violaient son sanctuaire. Son corps.

Tout était neuf, propre, net, sans le moindre défaut. Aucune réparation, aucun entretien n'était à prévoir. La station resplendissait tel un joyau que l'on souhaite exposer devant un parterre de personnalités. Si, dans un premier temps, cette perfection était agréable ; elle en venait vite à être dérangeante. Une installation abandonnée depuis plusieurs mois ne pouvait être dans un état pareil sans que quelqu'un ne l'entretienne, c'était une évidence. Sauf pour Macadam Treipagnol. Lui ne voyait que l'essentiel : il tenait son rêve entre ses mains. Il trottinait joyeusement dans le tube principal, jetant un œil distrait aux divers locaux qu'il croisait et lâchait des commentaires enjoués à l'intention de ses partenaires qui, eux, prenaient la peine de s'attarder davantage.

Macadam était presque parvenu à la fin de la section du croissant de lune, là où une porte sécurisée donnait sur l'espace, lorsqu'il entendit Roh grogner de manière agressive. Il se retourna aussitôt, inquiet. Il connaissait bien son ami et, s'il réagissait ainsi, c'est qu'il avait une excellente raison. Seul Loomah était toujours dans le tube principal, regardant dans une pièce comme s'il cherchait à comprendre ce qui se passait. Macadam le rejoignit et aperçut le Bolak, l'hôte de Roh, en arrêt dans ce qui devait être la cantine. Il fixait une porte, au fond, en faisant étalage de son imposante dentition. Le contrebandier commençait à se poser des questions sur la réaction de l'animal lorsqu'une odeur désagréable parvint à ses narines. Une odeur âcre, écœurante, qui prenait aux tripes et faisait remonter la bile. Macadam était sur le point de vomir, mais il voulait en avoir le cœur net. Il sortit un grand mouchoir de l'unes de ses innombrables poches et le plaça sur son nez avant d'avancer vers la porte. Il resta à bonne distance et tendit le bras au maximum pour réussir à activer l'ouverture. Elle coulissa en silence, révélant un placard où se trouvait affalé un cadavre en état de décomposition très avancée. Malgré tout, il était facile de reconnaître un Sshaad.

Loomah était entré à son tour. Il évita d'approcher et se transforma en un double de son ami afin de s'exprimer dans sa langue.
- Quelqu'un a une idée de ce qui la tué ? Demanda-t-il à voix basse, comme s'il craignait qu'un inconnu l'entende.
- Je ne discerne aucune blessure évidente. " déclara Roh après avoir inspecté la dépouille. " Il n'a pas été victime d'une agression, selon moi. Son ossature est parfaitement intacte. Ce qui reste des tissus prouvent qu'ils n'ont subi aucune altération et...
- C'est bon, on a compris ! " l'interrompit Macadam, le mouchoir toujours bien collé sur sa bouche. " Nous avons visité l'ensemble des zones de vie, c'est le seul corps. Où sont les autres ?
- Voilà une question pertinente. Il était grand temps que tu t'interroges.

Roh regretta le ton sec employé à peine sa phrase terminée. Il était inutile de s'en prendre à son ami. Maintenant qu'ils avaient un problème, le plus logique était de le résoudre dans les plus brefs délais. Les reproches ne serviraient qu'à briser l'entente qui régnait entre eux.
- As-tu inspecté la partie centrale ? Demanda-t-il doucement.
Macadam secoua négativement la tête.
- J'ai juste vérifié les contrôles à partir de l'ordinateur de la salle de commande. Tout était en ordre, ça m'a suffit.
- Alors allons-y. Et prenez une arme, on ne sait jamais.

Les trois amis passèrent par leurs quartiers pour s'équiper puis, ainsi parés, ils traversèrent la passerelle qui menait aux organes principaux de la station. Lorsque Macadam voulut actionner la porte située à l'extrémité, il constata qu'elle était verrouillée. Il effectua plusieurs tentatives, sans aucun succès, avant de tenter d'activer l'ouverture manuelle, laquelle refusa de s'enclencher.
- C'est franchement bizarre... rien ne marche !
- Tu peux la forcer ? interrogea Loomah.
- Il va bien falloir ! Je n'ai pas l'intention de rester à la porte de ma propriété !

Sur cette déclaration pleine de bon sens, Macadam entreprit de fouiller sa combinaison à la recherche de son passe-partout. Fidèle à son habitude, il ignorait dans quelle poche il se trouvait et entama l'inventaire de ses trop nombreuses possessions. C'est alors que l'accès, situé à l'autre bout de la passerelle - celui qui donnait sur le croissant de lune - se verrouilla à son tour. Aussitôt, un bruit sec retentit et, l'instant d'après, l'air commença à s'échapper dans l'espace.
- Tu ferais mieux de te grouiller, Macadam. " fit tranquillement Roh. " Nous n'allons pas tarder à avoir un problème.

L'intéressé redoubla d'efforts. Il laissa tomber au sol une bonne partie du contenu de ses poches et finit par dégotter ce qu'il cherchait : une sorte de tournevis. Il enfonça l'extrémité dans une prise, juste au-dessus du panneau de commande et appuya sur une série de bouton, le long du manche de son outil. Quelques bips désagréables retentirent. Macadam commençait à voir de petites taches noires, signe que l'air se raréfiait de façon alarmante. Le Bolak de Roh, lui aussi, manquait d'oxygène et toussait pour tenter de chasser la sensation de manque. Loomah avait reprit son apparence originelle afin de ne pas avoir à dépenser inutilement de l'énergie à la sauvegarde de son modèle. Il était pourtant très inquiet : ses amis ne tiendraient plus longtemps.

Macadam multipliait les tentatives et, alors que ses doigts commençaient à être trop engourdis pour tenir le tournevis, un bruit salvateur se fit entendre. La porte était déverrouillée. Le contrebandier activa aussitôt l'ouverture et ils se précipitèrent dans le passage ainsi ouvert. Elle se referma juste derrière eux. Macadam se plia en deux, les poings appuyés sur ses genoux, et avala de grandes bouffées d'air afin de se remettre au plus vite. Puis, encore un peu secoué, il observa les alentours.

Ils étaient dans une grande salle, très haute sous plafond, au centre de laquelle se trouvait un large puits, protégé par des rambardes de sécurité. Ils s'approchèrent et regardèrent en bas. Il s'agissait du générateur principal, bourdonnant d'activité. Au-dessus de leurs têtes, accessibles depuis des passerelles disséminées sur les parois, ils purent apercevoir le reste des équipements nécessaires au fonctionnement de la station : systèmes de survie, détecteurs, boucliers, etc... Ils s'étalaient en colonne vers le haut de la structure, constituant ainsi un impressionnant puzzle. Loomah reprit l'aspect de son sujet préféré et recula le long d'une paroi.
- Il y a un truc bizarre, vers le milieu. On dirait une sphère pleine d'un liquide bleu. De nombreux câbles mènent jusqu'à elle.
- On peut y accéder ? Demanda Roh.
- Je n'ai pas l'impression... mais il faudrait monter pour s'en assurer.
- Je viens avec toi. Macadam, il y a des consoles informatiques au fond, regarde si tu peux récolter des informations.

Le contrebandier acquiesça et, désormais remit de son malaise, il s'exécuta aussitôt pendant que ses amis empruntaient le petit ascenseur qui desservait les passerelles successives. Roh sentait l'anxiété de son hôte qui, voyant le sol s'éloigner, commençait à devenir nerveux. Il le rassura de son mieux, bien que lui-même soit peu à son aise. Il essaya de ne pas prêter attention au fait que le sol de la cabine était constitué d'un simple grillage. Même s'il semblait solide, cela n'était pas tranquillisant. Loomah, qui n'était guère dérangé par l'engin, se mit à siffloter pour détendre l'atmosphère. Il savait que le Marionnettiste n'était pas à la fête et il était parfaitement conscient que, s'il n'avait eu une dette de vie envers Macadam, il aurait quitté les lieux depuis longtemps. En réalité, il ne l'aurait même pas suivi jusqu'ici. Presque aussitôt, l'ascenseur s'immobilisa brutalement, secouant ses passagers surpris par la manœuvre. Ils étaient encore à deux étages de leur destination mais, malgré cela, la grille qui séparait la cabine de la passerelle coulissa pour leur permettre de sortir. Loomah appuya de nouveau sur le bouton de fermeture, mais rien ne se produisit. C'est alors que retentit un horrible cri, guttural et agressif. Il se répercuta le long des parois de la structure, provoquant un écho des plus désagréable. Il était très difficile de déterminer d'où il provenait mais il se rapprochait. Loomah n'attendit pas de savoir de quoi il s'agissait : il dégaina son arme.

Lorsque le Sshaad surgit sur la passerelle, fonçant vers l'ascenseur, ses occupants restèrent un instant pantois. Son corps reptilien était courbé selon un angle étrange, comme s'il avait été victime de plusieurs fractures qui s'étaient ressoudées de manière chaotique, le paralysant ainsi dans une position contre nature. Ses mouvements étaient de ce fait mal coordonnés et il se heurtait souvent à la paroi au fur et à mesure de sa progression, ce qui ne faisait qu'augmenter sa colère. Loomah, bien que mauvais tireur, n'hésita pas plus longtemps et fit feu. Le rayon d'énergie toucha le Sshaad à l'épaule mais, bien qu'une partie de son épiderme soit désintégré, il n'en continua pas moins d'avancer, rugissant de plus belle. À présent, il était à trois mètres de la cabine d'ascenseur.

Macadam, occupé à visionner les informations de l'ordinateur, imagina le pire dès qu'il entendit le cri au-dessus de sa tête. Sans même regarder d'où il provenait, il entama une nouvelle exploration de ses poches à la recherche de son arme. Très vite, il dut se rendre à l'évidence : elle faisait partie des objets qu'il avait abandonné devant la porte d'accès. Paniqué, il courut à l'opposé de la salle afin d'apercevoir ses amis. Ils étaient immobilisés au second niveau, juste à hauteur d'une passerelle, et la porte de leur cabine était grande ouverte. Ce qui devait être un Sshaad les chargeait, insensible au fait que Loomah lui tirait dessus. Macadam regarda alors autour de lui, fou d'inquiétude, à la recherche d'un objet qu'il pourrait lancer sur le reptile.

Roh n'avait toujours pas bougé. Leur agresseur venait d'être atteint par un troisième faisceau d'énergie et continuait pourtant d'avancer, même si sa vitesse était désormais réduite. Le Marionnettiste décida d'agir. D'un bond, son Bolak fut juste à bonne distance pour frapper le Sshaad au niveau des jambes. Ce dernier chancela sous le choc et tenta de recouvrer son équilibre mais Roh réitéra son attaque, poussant sa victime vers le bord de la passerelle. Elle ne possédait pas de rambarde de sécurité. Blessé, affaibli, le Sshaad ne parvint pas à prendre le dessus. Lorsque l'une de ses pattes rencontra le vide, il bascula aussitôt, incapable de se rattraper. Roh bondit en arrière, au cas où il aurait tenté de se retenir à lui. Mais la masse du reptile fut rapidement précipitée vers le sol et s'y écrasa avec un bruit sec.

Macadam resta immobile durant un long moment. Il fixait le corps difforme, ramassé à terre, avec le sentiment qu'il pouvait toujours se mouvoir. Il était désarmé et, si le Sshaad l'attaquait, il n'aurait aucune chance. Mais celui-ci ne bougeait plus. Le contrebandier s'approcha avec beaucoup de précautions et se pencha vers le visage avant de tendre la main pour tenter de déceler une éventuelle respiration. Rien.
- Je crois qu'il est mort. " fit-il en se redressant. " Vous allez bien ?
- Oui. " répondit Roh, une légère colère dans la voix. " On dirait que quelqu'un tient beaucoup à nous empêcher d'explorer cet endroit.
- Je vous rejoins.

Loomah quitta la cabine de l'ascenseur, la laissant redescendre pour permettre à Macadam de monter. Lorsqu'ils furent réunis sur la passerelle, ils levèrent la tête vers les niveaux supérieurs. La mystérieuse sphère était désormais bien visible et, dans le liquide bleu, ils purent discerner ce qui semblait être un cerveau. Le tout était relié à plusieurs appareils, dont l'unité principale de l'ordinateur. Les trois amis pensèrent aussitôt à la même chose : une I.A. Voilà donc le secret de la station. Était-ce elle, la responsable de la situation ? Macadam se frotta les mains, nerveux.
- Inutile de compter sur l'ascenseur, il est bloqué. Il faut escalader pour monter là-haut. Roh, attends-nous ici, on devrait pouvoir s'en tirer à deux.
- Hors de question. " répondit-il d'un ton sec. " Mes connaissances vous seront utiles et, de plus, je n'ai pas l'intention de rester seul. D'autres monstres incontrôlables rôdent peut-être encore dans les parages.

Macadam allait protester, arguant qu'il était impossible à un Bolak de grimper le long d'une paroi, malgré les prises à disposition ; mais Loomah leva une main afin de lui intimer le silence. L'instant d'après, il entama sa transformation. Son corps protoplasmique prit une forme de grand primate longiligne, aux mains dotées de cinq doigts larges mais très souples. Le Changeforme souleva sans difficulté Roh et, ainsi chargé, entama son escalade grâce à une poutre qui courait jusqu'au plafond. Le Marionnettiste bougonna quelques commentaires bien sentis sur sa position ridicule et jeta un regard furibond à Macadam qui, bien moins à l'aise que Loomah, tentait de suivre le mouvement. Ayant juste deux niveaux à monter, l'épreuve ne dura pas longtemps et, dès qu'ils mirent les pieds sur la passerelle, une voix hystérique retentit.
- Allez-vous en !!! Quittez cet endroit immédiatement où vous mourrez !
- C'est ma station ! " répondit Macadam du tac-au-tac. " Je ne partirai pas !
- On se calme. " fit Roh tout en s'approchant de la sphère. Il étudia le cerveau avec soin. " Vous êtes Sshaad, il me semble. Quel est votre nom ?
- Ssillyhiada.
- Enchanté. Je me nomme Roh, l'Humain un peu secoué, c'est Macadam Treipagnol. Le Changeforme derrière lui, c'est Loomah.
- Vous êtres drôlement appareillé !
- On nous l'a déjà dit. C'est vous qui êtes responsable de tout ceci ?
- Évidemment, quelle question !
- Qu'avez-vous fait des membres d'équipage ?
- Ils sont tous morts, maintenant que vous avez éliminé le dernier d'entre eux.
- Il semblait vous obéir...
- J'avais réussi à le droguer. Je me disais que cela pourrait être utile, lorsque les autres viendraient.
- Les autres ?!? " s'offusqua Macadam. " Quels autres ?!?
- Les Sshaads, bien entendu. " répondit calmement Roh. " Tu n'es propriétaire de rien du tout, ne l'as-tu pas encore compris ? Ton copain t'a abusé. Est-il seulement venu ici ?
- Oui, mais il n'a pas visité, dit Ssillyhiada.
- L'enfoiré !!!

Macadam serra les poings, furieux. La colère ne résoudrait rien, bien sûr, mais il avait englouti toutes ses économies dans cette station. Il ne lui restait quasiment plus un sou. Loomah, qui s'était transformé en une parfaite réplique de son ami, posa une main sur son épaule. Ils allaient devoir évacuer très rapidement les lieux, avant que les Sshaads ne viennent voir pourquoi leurs hommes ne donnaient pas signe de vie... cela n'allait pas être simple à accepter pour celui qui était son sujet d'étude depuis de nombreuses années et qui demeurait, malgré tout, un mystère difficile à percer.

Roh regarda autour de lui. Certains câbles menant à la sphère étaient sectionnés et quelques traces noires indiquaient que l'on avait essayé de détruire cette dernière. Il s'approcha davantage.
- Je ne comprends pas. Vous êtes Sshaad. Pourquoi tuer vos congénères ?
- Vous trouvez que j'ai l'air d'un Sshaad ?!? " s'écria Ssillyhiada, sa voix mécanique se teintant d'étranges échos furibonds. " Ces abrutis m'ont mutilé, parce qu'ils croyaient mon esprit idéal pour régir cette station ! Je ne suis plus rien ! " Il ne parvenait plus à contrôler sa voix et laissa s'écouler un moment avant de poursuivre, las. " J'ai essayé de me suicider, mais le support-vie ne me le permet même pas. C'est alors que j'ai décidé de tous les massacrer, pour me venger. Je sais que d'autres vont venir. Qu'importe, je suis prêt. J'en tuerai le plus grand nombre et ils se débarrasseront de moi, parce qu'ils ne pourront faire autrement...
- Quelle devait être la fonction de cette station ?
- Un laboratoire d'études.

Roh réfléchit. Les Sshaads n'étaient pas de grands scientifiques, alors pourquoi concevoir une telle installation, en orbite d'une planète insignifiante où ils ne vivaient pas ? Le Marionnettiste entrevoyait une seule réponse logique.
- Ils voulaient étudier les Humains de Banthory IV, n'est-ce pas ?
- Oui.
- Quoi ?!? " Macadam avança à son tour vers la sphère, réveillé par ses propos. " Qu'est-ce qu'ils cherchaient ?
- Ce sont des Shodens. Il me semble que cela résume tout.
- Des quoi ?
- Il s'agit d'une faction Sshaad opposée à toute collaboration avec ton peuple. Des extrémistes, xénophobes et isolationnistes... heureusement peu nombreux. " répondit Roh. " Ils étaient ici pour trouver un moyen efficace de lutter contre leur ennemi.
- Que fait-on ? Cette station est à moi, maintenant.
- Arrête avec ça. Elle n'est pas à toi, tu n'as aucune légitimité puisque celui qui te l'a vendu ne la possédait pas.
- Mais... " Macadam essaya de garder sa contenance, malgré le tremblement de ses mains. " Je n'ai plus rien alors...

Roh ne pouvait pas répondre par la positive. Cela revenait à enterrer celui à qui il devait la vie. Cette dette était le moteur de son existence, même s'il avait parfois du mal à le comprendre, il était donc décidé à faire son possible pour aider le contrebandier. Son cerveau tournait à plein régime et, en peu de temps, il eut une idée lumineuse.
- En réalité, ça dépend.
- De quoi ?
- Tu as peur des Sshaads ?
- Pas du tout !
- Alors tu as une solution : tu informes ton peuple de ce que tu as découvert et tu demandes à garder la station en récompense. Il y aura un incident diplomatique de première, pas mal de remous, et ensuite certainement des représailles.
- C'est une excellente idée ! " Macadam se redressa, soudain plus confiant en son avenir. " Je vais de ce pas contacter un ami qui...
- Excusez-moi... " hasarda Ssillyhiada, un léger agacement dans la voix. " Cela vous ennuierait de tenir compte de ma présence ?
- Oh, vous, ça va ! Il y a une minute vous jouiez votre ode funèbre, alors maintenant vous n'allez pas m'emmerder ! Cette station sera une plate-forme de contrebande, que ça vous plaise ou non. Je peux vous tuer, si vraiment ça vous arrange, mais à mon avis vous devriez y réfléchir. Avec moi, on ne s'ennuie pas, je peux vous le garantir.
- Nous aussi, répondirent en cœur Roh et Loomah.

Macadam considéra ses amis, un peu honteux. Il s'était lancé dans cette aventure sans même les consulter, alors qu'il comptait bien sur leur aide, persuadé de tenir l'affaire du siècle. Celle qui changerait sa vie. Il n'avait fait que provoquer une catastrophe de plus. Pourtant, ils ne semblaient pas vouloir le lâcher, malgré cette énième bévue. Son double lui sourit, comme pour le rassurer, et le contrebandier se rendit compte, bêtement, qu'il ne connaissait toujours pas la raison de sa présence à ses côtés. Loomah parut entendre ses pensées.
- Je suis bien ici. Comment est-ce, déjà ?
- Beuzeley-la-bastille.
- Ah, oui. C'est un peu étrange, mais au moins aucune autre station ne pourra prétendre avoir un nom proche de celui-là.
- C'est clair. " lâcha Roh. " Et vous, Ssillyhiada, vous décidez quoi ?
- Si ça ne vous fait rien, je vais réfléchir. Tout ça est inattendu. Dénoncez ce que vous voulez, peu m'importe, je verrai plus tard si cela vaut effectivement la peine de rester.
- À la bonne heure ! Soyez donc gentil de débloquer l'ascenseur, je ne tiens pas à redescendre comme je suis monté.
- D'accord.

Les trois amis laissèrent le Sshaad à ses réflexions et rejoignirent la cabine. Durant la descente, chacun pensa aussi à l'avenir mais seul Macadam mit totalement de côté les incontournables problèmes qu'ils rencontreraient avec le peuple reptilien. Il était bien loin de ce genre de préoccupation. Bien trop loin.


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"L'éternité n'améliore pas les imbéciles." Jedediah Meakham
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Sam 21 Août 2010 18:15
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Inscription : Lun 17 Mai 2004 11:13
Message(s) : 3131
Localisation : Près de Paris
Bonjour à tous,


Voilà, modifié le texte après première relecture, donc une réponse permet de le faire revenir au premier plan !

_________________
@+

Benoît 'Mutos' ROBIN

"Si ce message n'est pas édité au moins 3 fois, attendez un peu, il n'est pas fini !"


Mer 29 Sep 2010 15:08
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Traduit en français par Maël Soucaze.