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 06 - L'étoffe des héros 

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 06 - L'étoffe des héros 
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Inscription : Sam 2 Mai 2009 21:16
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Bonjour à tous,


Voilà maintenant une nouvelle sur une forte personnalité : Dawayho ud Teno.

EDIT 01/10/2010 : modifié après première relecture.

Citer :
« Selon un ancien dicton, les Irilia ont le verbe, les Arythem la force, les Irmothem l’argent. Bien qu’ils soient issus d’une culture largement commune, les trois clans ont choisi des voies souvent divergentes.

« Dans les premiers siècles de l’ère Arrhan, les cités caravanières du Grand Bassin Salé se sont fédérées pour organiser le commerce du sel, groupement qui devait donner naissance au clan Irmothem. Leurs maisons en blocs de sel, leurs techniques originales d’irrigation et de transport faisaient l’étonnement des voyageurs. Leurs chariots à voile, au rythme des vents saisonniers, amenaient le sel et les autre marchandises d’un côté à l’autre du Grand Bassin. Dans leurs cités aux architectures subtiles, ils accueillaient toutes les religions et toutes les philosophies.

« Irmothem a intégré bien des exilés d’autres clans, et les types physiques y sont variés. En général, ils sont minces et ont le poil ras, adapté au climat chaud et sec. Les gens du peuple sont noirs ou tachetés, mais beaucoup de Thiskai sont albinos. Les Irmothem pratiquent peu le duel, et l’Epreuve a pris chez eux des formes originales, valorisant le savoir-faire scientifique ou économique. Les autres clans les accusent de vendre le rang d’Idrimar à prix d’argent.

« Commerçants et diplomates, les Irmothem louaient leur savoir-faire aux autres clans qui souhaitaient coloniser l’espace, et ils sont à l’origine des premières alliances entre clans. Cependant, la guerre d’indépendance d’Irilia, suivie d’une série de crises internes, ont affaibli l’influence traditionnelle des Irmothem. Les deux grands changements récents, la création de la Rithai Kemae et l’entrée dans la Communauté, se sont faits en-dehors d’eux et en partie contre eux. »
(Le Livre des Clans)

« Le costume fait le Rith, dit l’ancien dicton. Chaque clan, chaque caste, parfois chaque métier a développé les costumes qui convenaient le mieux à ses besoins et à ses goûts. Le respect des traditions a longtemps commandé le choix des habits. Les étoffes pourpres ou rouge sombre, brodées de noir et d’argent, traduisaient la volonté de puissance des Idrimarai Arythem. Les longues robes blanches ou couleur de sable des Anciens Irilia exprimaient leur détachement des querelles du jeune âge, qui s’en vont comme le sable du désert. Les motifs contrastés des marchands Irmothem s’inspiraient de la géométrie et de la botanique, comme le fameux « style Fractal » qui a longtemps marqué les élégants d’Irmothem et des clans mineurs. Cependant, les changements se sont accélérés avec l’ère spatiale et surtout avec l’apparition de motifs xéniques. Le « style Possible » de Dawayho ud Teno a symbolisé cette rupture. Dawayho ud Teno était une Arythem, mais c’est en Irmothem que son génie a pu s’exprimer pleinement… »
(Eloge funèbre de Dawayho ud Teno, par sa petite-fille Tarreay ud Buldh id Teno)


-  Ces connards, il faudrait leur faire bouffer leur queue à la sauce piquante ! 

Grand-Mère a toujours eu un langage expressif, mais ces temps-ci, elle devient vraiment intenable. Même Père n’ose plus rentrer dans le dôme quand elle est de cette humeur. Et moi, je me blottis dans les bras de Moh’himi pendant que le commandant de flotte Tepsken ud Ayak, le père de Moh’himi, tente de calmer la colère de la vieille dame.

- Ancienne, le Conseil de Commandement n’a pas du tout eu l’intention de… 
- Et arrête de m’appeler Ancienne ! J’ai encore l’âge d’avoir des enfants, et un peu plus mûrs qu’un gamin comme toi ! Va dire à cette bande de vice-choses et contre-machins que Dawayho ud Teno leur pisse dessus, et s’ils croient que je vais me laisser faire parce que mon époux Kyaminn n’est plus là, ils se mettent les oreilles dans la poche ventrale ! »

Et elle agite énergiquement sa queue de droite à gauche en signe de mépris, tandis que le commandant s’incline pour saluer. Moh’himi me glisse à l’oreille :

- Ne t’inquiète pas, mon papa n’est pas fâché. Il va dire aux chefs du Conseil que ta grand-mère n’est pas d’accord, et c’est tout. 

Puis elle se détache de mes bras et va rejoindre son père, le commandant, qui s’en va par le sas de wsortie. Elle fait semblant d’être calme, mais je l’ai sentie contre moi qui tremblait[b1]…

C’est un des souvenirs les plus nets que j’aie de ma grand-mère avant son exil. Elle me paraissait une personne extraordinaire et redoutable. Les Irilia avaient peur du Conseil de Commandement Arythem, les K’rinns avaient peur du Conseil de Commandement Arythem, qui pouvait lancer sur leurs planètes le feu et la foudre. Et ma grand-mère déclarait ouvertement qu’elle lui pissait dessus ! En fait, elle avait une position qui dépassait largement les hiérarchies en place. J’ai entendu bien plus tard le mot d’un diplomate Irmothem : « En Arythem, le Conseil de Commandement gouverne les affaires de guerre, la Guilde Arythem les affaires de paix, et Dawayho ud Teno les affaires de mode ». En Irmothem, elle a été une créatrice avec d’autres, quelquefois la première, quelquefois la seconde ou la troisième, mais en Arythem, pendant cette courte période qui précède son exil, elle a été la reine. Ses ennemis l’appelaient « la Reine des Insectes ». Elle avait un vrai pouvoir de fascination. Dans un Clan attaché à des valeurs rigides et autoritaires, elle était la tempête, la fantaisie, le souffle du changement, le tournoiement des couleurs. Je me souviens encore des rares fois, peut-être pas plus de trois ou quatre, où elle m’a admis dans son atelier.

Elle, à genoux sur le sol, devant un fouillis d’échantillons d’étoffes et de couleurs.

- Assieds-toi, petite. 

Elle porte de drôles de lunettes, comme un masque de plongée, et elle scrute sur ses étoffes des motifs qui m’échappent.

- Tu ne vois pas la ligne oblique, là, sous mon doigt ? Non ? Normal. Les K’rinns ont une vision plus large que la nôtre dans l’ultra-violet, et ils voient des couleurs que nous ne voyons pas. Sauf certains reflets dans certains éclairages. J’essaie de deviner ces reflets. 

Elle prend à pleines mains une pile d’échantillons, et elle les répand au hasard sur le sol.

-  Vas-y, petite. Prends des morceaux, autant que tu veux, et assemble-les à ton idée. 
- Pour faire une robe ? Une robe d’Idrimar ? 
- Ce que tu veux. Une robe pour ta plus belle poupée. 

J’ai déjà vu des réceptions, je sais à quoi ressemble une robe de cérémonie, et je compose quelque chose qui y ressemble. Mes choix trop classiques la déçoivent. « Petite Thisk ! » Je ne sais pas pourquoi ce mot, habituellement flatteur, sonne avec une note de dédain. Puis elle remarque une touche originale dans mon assemblage, une pointe luisante entre deux masses de couleur unie. Je ne me souviens plus laquelle de ses étoffes magiques j’avais utilisée. Certains jeux de reflets imitaient la fourrure, d’autres les écailles ou les carapaces luisantes. Pour moi, ils faisaient partie de la magie de ma grand-mère. Alors, elle se penche, elle me passe la langue dans l’oreille avec un air moqueur, et elle me souffle : « Petite Thisk plus futée qu’elle n’en a l’air».

Je me souviens aussi de ma fierté, à l’école, quand je voyais des élèves ou des parents d’élèves qui portaient des robes de ma grand-mère. J’évitais d’en parler, même à mes amies, je gardais la main devant ma bouche et je détournais les yeux, pour cacher mes pensées trop présomptueuses : je pensais que porter une robe de Dawayho les élevait plus haut que leur rang d’Idrimar ou d’enfant d’Idrimar.

Autre souvenir. Une fille de ma classe, une enfant d’Idrimar, une prétentieuse qui doit aujourd’hui être l’épouse d’un vice-maréchal, dit d’un ton dédaigneux en agitant ses oreilles vers l’avant : « Dawayho, elle est connue, mais ce n’est pas une vraie Thisk ». Je saute de ma place, je saisis un pan de sa robe, et… je ne sais plus trop quoi faire. Je suis trop jeune pour me battre en duel, et d’ailleurs, cette fille doit être deux fois plus forte que moi. Toute la classe a les yeux fixés sur nous. En plus, cette fille est présidente de la classe, et les deux vice-présidents sont ses amis. Le cercle de classe se réunit, et c’est Moh’himi qui parle en ma faveur. Comme cette histoire embarrasse tout le monde, le cercle décide que nous nous ferons des excuses mutuellement. La fille dit : « Je m’excuse, je ne voulais pas offenser Tarreay. » Moi, je voulais dire : « Je m’excuse, je ne voulais pas lui faire de mal », mais je ne sais pas pourquoi, ma langue s’est déroulée et j’ai dit : « Je m’excuse, je ne voulais pas abîmer sa robe ». Et alors, toute la classe a éclaté de rire, parce que tout le monde voyait bien que la fille d’Idrimar portait une robe de Dawayho.

Quand je suis rentrée chez moi, j’avais terriblement honte parce que je n’avais pas eu le courage de me battre pour ma grand-mère. Mais l’histoire était déjà arrivée à la maison, dans une version un peu arrangée par Moh’himi, je crois. Elle est restée dans la tradition familiale: « Une crétine avait dit du mal de l’Ancienne, Tarreay lui a sauté dessus pour lui fiche une volée, et elle l’a lâchée tout de suite en disant : Je ne veux pas abîmer sa robe parce que c’est une robe de Dawayho ». Elle figure sous cette forme dans la plupart des récits sur la vie de Dawayho.

Dans les années suivantes, j’ai perdu de vue ma grand-mère, parce que les fonctions officielles de mon père l’avaient amené sur Arythem-8. Je n’ai eu que des rumeurs sur ce qui se passait sur la planète-mère. Quand je suis revenue en Arythem Skarae, on était en pleine vague nationaliste et anti-insecte. Dès ma première journée, passée à faire mes inscriptions à l’université, j’ai été témoin de cette agitation. Il y avait partout des affiches, des graffitis, des discours d’orateurs improvisés. On ressortait le vieux souvenir d’Arythem-5, la colonie qui avait failli être détruite par les Na’ïmsh, des insectoïdes non sentients. La disparition des Purgatoriens et des Ha’Tinkar était même considérée comme une preuve du danger de fréquenter les « chitineux ». Le fond de la chose, je l’ai vite compris : Arythem n’avait pas digéré sa défaite contre les K’rinns, et tout ce qui rappelait les insectoïdes déclenchait des réactions hostiles.

En sortant de l’université, j’ai pris le tube souterrain pour me rendre chez ma grand-mère. Je me demandais pourquoi elle ne nous avait pas écrit depuis cinq ans. Je savais seulement qu’elle produisait toujours, je voyais ses nouvelles robes sur les images des magazines. Quand j’ai vu son atelier, j’ai compris. Le bâtiment était fermé, à moitié brûlé. Des arbustes avaient poussé sur les ruines, et sur les pans de mur, on voyait des graffitis horribles, des images de Na’ïmsh suçant le ventre des femmes Rithai, et des inscriptions comme « Mort aux insectes ! » Pas de trace de Dawayho. J’ai questionné les gens du quartier, ils m’ont regardé d’un air étonné, et ils m’ont dit que Dawayho était partie pour Irmothem Skarae depuis quatre ans déjà.

On allait clairement vers la guerre. Les ambitions excessives d’Irilia en étaient en partie responsables, mais Arythem n’était plus capable de réactions rationnelles. Je me suis inscrite à la préparation militaire quand j’ai appris l’attaque des Irilia contre nos stations. Il fallait encore un an avant que ma classe ne soit envoyée au front. En attendant, j’ai fait des quatre pieds et des deux mains pour obtenir une permission et un visa pour Irmothem Skarae. Je l’ai obtenue juste avant le départ de ma flotte. C’est la dernière fois que j’ai revu Dawayho en vie.

La pièce est vaste, elle donne sur une cour intérieure verdoyante, à la mode Irmothem. Je vois plusieurs robes pendues aux murs, certaines somptueuses, d’autres modestes à première vue, mais je devine qu’elles ont aussi leur importance. Grand-Mère est allongée sur le flanc, face à la fenêtre. Je n’ose pas approcher jusqu’à ce qu’elle me fasse signe.

- Alors, Tarri, tu te décides ? Tu es bien comme ton père, toi. Toujours une heure avant de choisir. Viens que je sache comment tu es habillée.

Elle se met à passer ses doigts sur ma robe. Elle a les yeux mi-clos, sans doute pour mieux palper. Elle s’attarde sur un pan d’étoffe brillante.

- Ah ! On trouve encore des tissus K’rinns. Mais ils réagissent mal sur nos pelages, ils font de l’électricité. J’ai mis longtemps à trouver une préparation qui les stabilise. Si tu veux bien, je demanderai à mes assistantes de la faire sur ta robe. C’est plus agréable, et ça ne change pas du tout la couleur. Enfin, c’est ce qu’elles me disent. 

Elle lève la face vers moi, et je m’aperçois qu’elle est aveugle. Je ne m’attendais pas du tout à ça, et j’ai dû avoir un mouvement de recul.

- Qu’est-ce qu’il y a, Tarri ? Quelque chose ne va pas ? Ah, tes parents ont oublié de te prévenir. C’est bien d’eux, ça, toujours remettre à plus tard les questions qui dérangent… C’est comme cette vieille affaire, le meurtre des ambassadeurs K’rinns. Tous les gens qui ont deux cailloux dans le gésier savaient que nous étions dans notre tort. Et personne n’a rien osé dire. A part moi et quelques emmerdeurs dans mon genre. Sans ça, je serais toujours à Arythskam à faire des robes pour les amiraux et contre-amiraux. Enfin, en ce qui concerne ça… 

Elle a un geste vers ses yeux blancs.

- … Ca remonte à deux ans. Enfin, deux ans pour l’œil gauche, presque trois pour le droit. Tu sais, ça ne m’empêche pas de travailler. A quoi servirait d’avoir préparé des couleurs pendant trente ans si on n’était pas capable de les garder en mémoire ? Et mes assistantes font du bon travail, c’est moi qui les ai formées. Regarde les robes… Tu peux les regarder, elles sont faites pour ça. Une des robes, sur ce mur, est de l’année dernière. Tu peux deviner laquelle ? 

J’ai le souffle coupé. Elles me semblent toutes aussi merveilleuses l’une que l’autre. En fait, depuis l’exil de Grand-Mère, j’avais oublié la fascination magique que peut exercer une robe.

- Choisis-en une pour toi. Il faut bien que tu sois venue pour quelque chose, et pas uniquement pour écouter mes radotages. 

Cette fois, je n’hésite presque pas. Je décroche une robe rouge, presque insolente, calmée par une série de broderies gris perle. Elle tâte, avec deux doigts, les petits motifs en forme d’insecte ailé. Elle met un moment avant de parler.

- Tu as vraiment les goûts de ta famille, Petite-Thisk-plus-futée-qu’elle-n’en-a-l’air. Celle-là, je l’ai faite en pensant à Kyaminn. Prends-la, elle est à toi. Tu es une grande fille, et tu sais t’habiller. 

Et elle détourne la tête, oreilles couchées, queue pendante. J’ai plusieurs fois vu Grand-Mère en colère, mais c’est la première fois que je la vois triste. Je ne sais pas quoi faire. Je lui passe un très discret coup de langue sur le museau. Elle écarte ma langue d’un geste nerveux. Pourtant, ce que j’ai fait ne lui déplaît pas. Sinon, elle m’aurait querellée comme elle sait le faire… Elle reprend, la face toujours détournée de la mienne :

- Tu sais, je n’ai pas connu d’autre mâle depuis sa mort… Sauf une fois… Tu es une grande fille, et tu en sais autant que moi sur la manière de plaire aux mâles. Au moins, tu n’as pas eu le mauvais goût de venir en uniforme. 

Je devine la question suggérée dans sa remarque. Je dois y répondre.

- Je suis en préparation pour la flotte spatiale. Je voulais aller aux commandos, avec Moh’himi, mais je n’avais pas la force. Elle est à l’entraînement, là-bas dans le nord. 
- Moh’himi ? C’est vrai, vous étiez inséparables, dans le temps. Elle était avec toi le jour où tu as failli te battre à cause de moi, c’est ça ? 

J’éprouve une soif subite de sincérité, et je lui raconte l’histoire comme elle s’est réellement passée. Elle paraît amusée.

- Vraiment ? Tu sais, j’aime autant ça. Ce n’est pas parce qu’on est capable de frapper quelqu’un à coups d’épée, de pelle ou de missile qu’on vaut mieux que lui. J’avais vraiment envie de frapper, de briser des crânes, quand ils se sont mis à peindre « Mort aux Na’ïmsh ! » sur les boutiques, et quand ils ont mis le feu à mon atelier. Et puis, je suis partie en Irmothem, et j’ai répondu avec ça. 

Elle a un large geste vers les robes pendues aux murs. Et je me sens soudain honteuse de ce que je fais, de m’entraîner pour tuer des Rithai ou des K’rinns, pendant que Grand-Mère crée de la beauté. J’essaie de le lui dire, et cette fois, c’est elle qui me passe sa langue sur le museau.

- Non, tu as raison, Petite-Thisk-pas-toujours-si-futée. Tu fais ce qu’il faut faire dans ta famille et dans ta caste, et tu n’es pas forcée de suivre l’exemple d’une vieille radoteuse. S’il n’y avait pas eu ces crétins de brûleurs d’insectes, je ne serais pas allée en Irmothem. Tu sais que le clan Irmothem m’a reconnu le rang d’Idrimar ? Je l’ai accepté, rien que pour faire chier ceux qui se prennent pour de vrais Idrimar. Mais toi, tu es jeune, il faut que tu suives ta voie et pas la mienne. Tu sais… 

Elle se tourne vers la fontaine du jardin. Même sans rien voir, entendre l’eau qui s’écoule a quelque chose de rafraîchissant.

- …Quand cette guerre sera finie… Parce qu’elle finira un jour, comme toutes les guerres… J’aimerais que toi et tes amis alliez à H’Rkann, au Musée de l’Extinction des Ha’Tinkar. J’aurais aimé y aller, mais maintenant, ce n’est plus la peine. Je sais, ça a l’air sinistre, mais j’ai l’impression qu’on comprend mieux le prix de la vie quand on sait comme elle est fragile. Si tu permets… Il faut que je te présente ton oncle.

Elle se tord sur son divan, et, à mon grand étonnement, elle fait sortir un bébé de sa poche ventrale. J’ai dû bredouiller quelque chose qui la fait beaucoup rire.

- Lui, au moins, on ne peut pas dire qu’il est fragile ! Il pompe le lait avec un appétit d’ogre. Et à chaque fois, il est sur le point de s’étouffer… Petit glouton ! 

Elle tire sa langue en tube et commence à lui insuffler l’air dans les narines, tout en lui chatouillant les flancs. Le bébé se tortille comme une anguille.

- Tu vois, Tarri, ils m’ont rayée de ma tribu, mais ils ne m’ont pas empêchée d’avoir une tribu à moi. Je te présente Utheden ud Dawayho. Le premier de sa tribu. 

C’est pour toi, mon oncle, premier de ta tribu, que j’écris ce récit. Je m’excuse s’il est moins bien écrit que l’éloge funèbre, je n’ai pas eu de modèle et j’ai rédigé comme j’ai pu. Je crois que Dawayho, ta mère et ma grand-mère, aurait aimé que tu saches ces choses.

………………………………… 

Et quand la Rithai Kemae a lancé un concours pour décorer sa grande salle de réunion, elle n’a pas hésité à envoyer son projet. Elle était aveugle depuis plusieurs années, mais sa mémoire des couleurs et des formes était infaillible. C’est son projet qui a été accepté, et quand le message de réponse est arrivé, elle était morte depuis trois jours. Elle n’a pas su l’immense honneur que ceux de son espèce faisaient à son génie d’artiste. Rithai et non-Rithai, quand vous entrerez dans cette salle, je vous demande de penser un instant à elle : Idrimar Dawayho ud Rith id Teno.

(Eloge funèbre de Dawayho ud Teno, par sa petite-fille Tarreay ud Buldh id Teno)



Mer 18 Août 2010 15:21
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Inscription : Dim 2 Août 2009 11:28
Message(s) : 945
Localisation : Spatien
Et bien Dawayho ud Teno est un personnage très profond et très attachant.
L'histoire est menée d'une main de maître entre conflit et mode, vieux et jeune.
Ca sent le spécialiste des Rithaï tout ça ^^

_________________
"L'imagination est plus forte que la science"
Albert Einstein
"un dé pour les dominer tous
un dé pour les unir
un dé pour les rassembler tous
et sur les tables, les faire jouer!"


Jeu 16 Sep 2010 10:20
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Inscription : Mar 27 Juil 2010 22:32
Message(s) : 419
Rien à redire pour ma part. Un angle original sur les conflits entre clans rithai et leurs relations avec les K'rinns. La personnalité de la couturière est très intéressante, et le point de vue de sa petite fille ainsi que les diverses citations en italique mettent le fond en valeur.


Dim 19 Sep 2010 20:42
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Inscription : Lun 17 Mai 2004 11:13
Message(s) : 3131
Localisation : Près de Paris
Bonjour à tous,


Voilà, les modifications suite à la première relecture sont en ligne...

_________________
@+

Benoît 'Mutos' ROBIN

"Si ce message n'est pas édité au moins 3 fois, attendez un peu, il n'est pas fini !"


Ven 1 Oct 2010 20:20
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Traduit en français par Maël Soucaze.