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 02 - Dites, vous savez qui je suis ? 

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 02 - Dites, vous savez qui je suis ? 
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Localisation : Dans l'univers
Bonjour à tous,


Deuxième texte reçu, c'est la première version approuvée pour mise en ligne, à discuter et commenter comme toujours ^-^ Pour rappel, pas encore de votes avant que 4 ou 5 textes aient été présentés.

EDIT 01/10/2010 : modifié après première relecture.

Citer :
Qu'est-ce qui s'était passé ? Qu'est-ce que j'avais mal partout... Tout était noir autour de moi. Je ne me rappelais plus de rien...
- Hé ! Vous m'entendez ? Monsieur ! Vous allez bien ?
La voix aiguë de la gamine me vrillait les tympans. Cette mioche ne pouvait-elle pas me laisser tranquille ? D'autres petites voix piaillèrent aux alentours. Des mains minuscules me saisirent et me secouèrent.
Cela m'empêchait de plonger dans une inconscience bienfaitrice... allongé sur le sol.

- Monsieur, il faut bouger. Il y a plein de bêtes pleines de dents et de griffes dans le coin.
- Oui, cela ressemble à des gros lézards...
- Idiot ! Tu voies bien que ce sont des Sshaads !
- En plus, il y a encore des bouts du vaisseau qui brûlent.
- Sans compter ceux de l'autre gros naze qui s'est écrasé sur nous...
- Il pouvait pas faire attention. Vraiment ! Il avait l'air trop pressé. Je suis sûr qu'il ne nous avait même pas vus avant de nous percuter.
- Monsieur, là faut vraiment se réveiller.
- Allez, aidez-moi nous allons le mettre debout. Et calmez-vous un peu... ce n'est pas la cour de récréation...
Cette voix féminine là n'avait rien de celle d'une gamine. Sans trop d'égard, des mains m'obligèrent à me redresser et à me mettre sur mes pieds.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
C'était de ma gorge que sortait cette voix rauque ? Mes paupières se soulevèrent avec effort. Des flashs lumineux dansèrent face à moi. Un spectacle de désolation s'ouvrait devant mon regard. Des arbres et des bouts de carcasses de vaisseaux spatiaux finissaient de se consumer en pleine nuit. Des gamins vêtus de chemisettes blanches et de shorts bleus se baladaient au milieu de tout cela.

Le visage d'une femme s'interposa entre moi et les débris calcinés dans la forêt.
- Il m'a l'air bien en état de choc... Est-ce que vous savez où vous êtes ? Qui vous êtes ?
Pour obtenir mon attention, elle me mit une bonne gifle. A son ton professionnel et sa douceur cette femme tenait du médecin ou du garde-chiourme. Un faible gargouillis sortit d'entre mes lèvres. La voix féminine reprit.
- Je vais faire bref. Nous nous sommes écrasés sur un monde Sshaad. À pied, sans arme, au beau milieu d'une de leur réserve où ils stockent leurs jeunes. Vous comprenez ce que cela signifie ? Le bruit de notre arrivée les a fait fuir, mais tôt ou tard la curiosité va les faire revenir. Nous devons bouger, compris ?

Des bouts de mémoire me remontèrent au cerveau et mes lèvres bredouillèrent
- Sshaad... Espèce sentiente… bipède… reptilienne… Peu guerrière mais très brutale… beaucoup de duels et fort respect de la hiérarchie surtout religieuse… vivent en communautés… Ont colonisé plus de cent planètes…
La jeune femme me secoua et me piailla dans mes oreilles.
- Abrège l'encyclopédie. Que te rappelles-tu sur les jeunes ? Avant leur phase dite de Renaissance ?
Cela me débloqua d'autres connaissances.
- … Cette race a une particularité… Les jeunes, eux, ne sont pas dotés d'intelligence. Lors de leur quatrième mue, leur Renaissance, ils s'éveillent à la conscience et au langage. Avant cela ils ne sont que des prédateurs impitoyables… Comme ils ne peuvent pas vivre avec les adultes, en attendant cette phase, ils demeurent dans des zones forestières, des espèces de réserves avec toute la nourriture dont ils ont besoin.
Les poils sur mes avant-bras se dressèrent de peur. Mes yeux s'écarquillèrent.
- Ne me dites pas que nous nous sommes crashés dans une de ces réserves !
Ma question n'appelait pas de réponse.
- Euh. Et si nous nous en allions ? Est-ce que quelqu'un a des armes ?

La femme avait juste dit que nous nous retrouvions sans défense. Il devait bien y avoir quelque chose. Mes mains coururent le long de mon corps. Bipède. Pas d'écaille. Humain. Une espèce d'uniforme déchiré, recouvert de taches sombres avec une forte odeur de fumée constituait mon seul bien. Un instant ! Sur ce genre de vêtement, il y avait toujours des indications du nom et de la profession. Les insignes et galons indiquaient que je servais comme lieutenant pilote sur le Shangri-La. Le vaisseau ne me disait rien. En revanche, piloter cela me titillait au plus profond de mes fibres. Sur ma poitrine une déchirure barbouillée de saletés rendait mon identification impossible.
- Dites, vous savez qui je suis ? Et au fait qui êtes vous ? Qu'est-ce que nous faisons ici ?
La femme me foudroya du regard. Maintenant que j'y prêtais plus attention, je me rendis compte qu'elle portait aussi un uniforme du même navire, mais d'une catégorie différente.
- Major Annette Beaulieu, médecin du bord. Nous effectuions un voyage scolaire. Alors la mémoire revient ?
Sa présentation avec un peu de recul était évidente. Les enfants portaient l'uniforme de l'Ecole Consulaire dépendant de la Ligue centrale et pour se balader entre les réserves, il n'y avait rien de tel qu'un petit vol. Le badge du médecin donnait son nom et les insignes de son uniforme ceux de son rang et sa fonction. La rigueur de son attitude envers moi ne me plaisait pas. Cela lui aurait écorché la bouche de me dire mon nom ?

Avant d'avoir pu trouver une remarque cinglante, un mouvement rapide attira mon regard. Sans réfléchir plus loin, je lançai dans la direction suspecte un brandon enflammé accompagné d'un cri. Cela stoppa un instant la progression de l'inconnu.
Le médecin me hurla à son tour dessus.
- Mais, vous êtes malade ? Vous allez les provoquer !
Pas malade, juste amnésique, ma chère, mais ce n'était pas la peine de lui rappeler. Je hochai les épaules avant de lui répondre.
- A ce stade, ce sont juste des animaux ! Ils ne comprennent que la force. Si nous leur montrons que nous les craignons, ils vont nous dévorer tout cru.
Ma psychologie des enfants manquait de subtilité. A mes mots ils se mirent à hurler et à balancer tout et n'importe quoi dans les alentours. Cette réaction eu au moins le mérite de calmer les ardeurs de nos visiteurs. Ces derniers n'avaient pas trop faim, sinon ils auraient déjà foncé dans le tas. Cela nous laissait un peu de temps pour nous organiser.
- Il y a combien de personnes en tout ? Combien de blessés ? En-dehors de nous deux, combien y a-t-il d'autres adultes ? Combien de membres de l'équipage ont survécu ? Il faut fouiller au plus vite les épaves pour récolter ce qu'il peut y avoir d'utile. Si des zones sont intacte, voir si il est possible de s'y enfermer pour attendre les secours.
Le major me regarda avec une lueur étrange dans le regard. Son dos se vouta un peu.
- Il n'y a que nous deux. Nous avons la responsabilité de sept enfants d'une dizaine d'années. Le Shangri-La est éventré sur toute sa longueur, aucune section ne peut être calfeutrée. Comme nous effectuions une navette de courte durée, il n'y a pas de vivre, juste un minimum de kits de premiers secours. Et il y a des fuites de carburant. Cela risque d'exploser. Alors que faisons-nous ? Lieutenant ?
Sur ce dernier mot avait été marquée une ironie non dissimulée.
- On se regroupe, on saisit des torches et on s'en va. Même si j'aurais préféré attendre qu'il fasse jour. Nous devons sortir de cette réserve au plus vite. Dès que nous aurons atteint une communauté Sshaad nous serons en sécurité. Allez !

Attraper les enfants terrorisés ressemblait beaucoup à capturer des petits Sshaads. Au moins les gamins, eux, n'avaient pas de griffes. Enfin, en dehors de quelques égratignures, il n'y eut pas de dégât majeur pendant le regroupement du bétail. Le major et moi, nous agitions nos flambeaux improvisés. Les mômes se mirent à nous imiter. Ils prenaient cela pour un jeu.
Mon nom ne me revenait toujours pas. Cela m'inquiétait, aussi je regardais avec attention les alentours pendant ce temps. Le major avait eu raison. Notre vaisseau n'avait plus grand-chose de reconnaissable. En revanche elle avait oublié de m'indiquer que le poste de pilotage avait été réduit en purée. Nos collègues avaient finis en pulpe. Nous avions eu de la chance de nous en tirer tous les deux sans plus que quelques égratignures et dans mon cas une bonne amnésie.
Et au fait, qui nous avait percutés ? L'autre navire avait encore plus souffert que le nôtre. Le rapport de masse ne l'avait pas avantagé. Ce qui restait de sa structure montrait que sa facture était sshaad, une navette monoplace. Il nous avait percutés en pleine phase ascendante sans avoir vérifié au radar ce qu'il avait au-dessus de lui. Le choc avait encastré sa cabine dans la nôtre. Pour aller à une telle allure, au mépris de tous les protocoles de sécurité, le type devait avoir eu de sacrées bonnes raisons. Même ces extra-terrestres évitaient d'aller farfouiller dans les réserves, surtout tout seul. Les jeunes avaient beau avoir des blocages psychologiques qui les empêchaient d'agresser les adultes, ces inhibitions ne pesaient pas lourd s'ils avaient faim. Les Sshaads aussi auraient fini comme casse-croûte, sans provoquer chez leur progéniture plus de cas de conscience qu'un rot.
Toute cette histoire puait les affaires pas nettes. Dommage que nul n'eût pu survivre à un tel impact, Humain ou Sshaad. Les autorités auraient eu bien des questions à poser au pilote. Enfin, tant pis, je n'avais rien d'un policier et mes problèmes immédiats m'occupaient assez pour ne pas avoir à me soucier de cela en plus.
Survivre n'allait pas être une partie de plaisir. Quoique cela ne paraissait pas insurmontable et me donnait un goût de déjà vu. Dès que possible une petite discussion avec ce cher major allait se révéler nécessaire. Déjà son attitude envers moi nécessitait une petite mise au point. Pourquoi me battait-elle froid ainsi ? Que lui avais-je fait pour mériter cela ?
En tant qu'adulte responsable, le plus fort, je pris la tête de la troupe et le major servait de balai pour empêcher les gamins de s'éparpiller dans la nature. Ces chères têtes blondes avaient tendance à oublier ce qui nous entourait et babillaient. Cela aurait pu attirer les prédateurs, mais je les laissais faire. Le feu des torches nous garantissait une certaine protection.
Les voix des petits s'espacèrent et baissèrent de volume. Leur pas ralentissait aussi. Sans pitié je les poussais à avancer jusqu'à ce que le soleil se lève. Nous atteignîmes une espèce de clairière au milieu des arbres. Là, j'autorisais mes monstres miniatures à s'effondrer au sol pour se reposer. A leur réveil, ces petits allaient piailler pour avoir à manger. Jusque-là, nous aurions la paix.
La journée et la nuit avaient été longues pour nous aussi, les adultes, mais nous n'avions plus l'insouciance des enfants pour nous endormir ainsi en territoire hostile. Le major se racla la gorge et entama la conversation.
- Vous m'avez surpris, Lieutenant. Vous avez eu une attitude bien responsable. Cela change de vos habitudes. Se crasher aura eu cela de positif.
Mes épaules se crispèrent et ma voix prit un ton amer.
- Il va falloir m'en dire plus, Major. Je ne me rappelle toujours de rien. Ni même de mon nom. Dites-le moi, ainsi que la manière dont je me comporte, afin que je puisse juger par moi-même.
Le médecin émit un petit rire.
- Sortez nous de cet enfer et je vous dirai tout. Cela constituera votre récompense. Il ne faut pas forcer une amnésie. Et puis cela m'amuse de pouvoir vous rendre un peu la monnaie de votre pièce.
Lui présenter des excuses pour des choses dont je ne me rappelais pas n'avait rien de crédible. Autant passer sur d'autres sujets.
- D'après vous, Major, pourquoi l'autre vaisseau s'est-il comporté ainsi ? Cela n'a rien de bien logique.
Son sourire se crispa.
- J'aurais bien une explication, mais elle ne me plaît pas. Si c'est cela nous nous retrouvons en plein milieu d'une affaire interne. Ce n'est jamais très indiqué de se retrouver au beau milieu de règlements de compte entre deux espèces extraterrestres. Pour l'amnésique, je résume le briefing qui nous a été effectué. A ce moment, je parie, Lieutenant, que vous dormiez. Mais je vous laisse le bénéfice du doute…
Son sourire en disait long. Elle me prenait pour une vraie couleuvre. Comme nos torches menaçaient de s'éteindre, nous allâmes ramasser des branches pour un vrai feu de camp. Pendant ce temps, ses explications résonnèrent dans la forêt. Nous avions été mis en garde contre la présence de métamorphes rebelles sur cette planète. Une faction sshaads pro-complémentarité en avait amené sur cette planète pour qu'ils les aident à prendre le dessus sur les autres factions. Cette affaire rendait les Sshaads furieux et une opération policière de ratissage devait avoir lieu. Cela me rappelait de vagues souvenirs et je pouffais un peu. Je ne devais pas avoir tant dormi que cela, mais je laissais le major finir de me rafraîchir la mémoire. Parler de politique lui permettait de ne pas penser trop à notre situation.
Mon esprit, lui en profita pour vagabonder un peu. Des restes de ma personnalité, peut-être ?

Peu de choses filtraient vraiment sur les métamorphes. Malgré un blocus très strict, leur curiosité leur avait permis d'en apprendre beaucoup plus que nous n'en savions sur eux, et ce sur presque toutes les espèces de l'univers. Pour utiliser au mieux leur capacité de métamorphose, savoir comment imiter le comportement de ce qui était copié était un besoin vital.
Cette race avait été découverte par les Sshaads. Et depuis cet évènement, les relations entre les deux espèces étaient loin d'être cordiales. D'un point de vue technologique, les métamorphes n'avaient rien de bien avancé, mais leur faculté de prendre l'aspect de leur proie représentait un sacré avantage dans la guérilla qu'ils menaient contre les reptiles sshaads.
Une faction de métamorphes avait même entrepris de prendre l'aspect de leurs ennemis et de corrompre, selon les termes du pouvoir en place, les jeunes sauriens avant leur renaissance et leur éveil à la conscience.
Bien entraînés et motivés les rebelles avaient la capacité de passer pour n'importe quoi. Ils avaient même celle d'imiter de l'empathie pour s'occuper d'une meute de jeunes. Avec leur physique élastique, ils n'avaient aucun problème non plus pour surclasser, d'un point de vue force brute, des créatures du niveau intellectuel de simples animaux. Et comme seule la force impressionnait les Sshaads…
Mes dents grincèrent.
- Est-ce qu'un d'eux pourrait survivre à l'impact que nous avons subi ? Si c'est le cas, où est-ce qu'il se trouve ?
Nos regards, au major et à moi, se croisèrent. Sa voix tremblota.
- Jamais, jusque-là, ils ne s'en sont pris à des Humains, non ?
Mais, là nous étions des témoins gênants et si nous disparaissions dans l'estomac des jeunes reptiles, nul n'irait chercher bien plus loin.
- Combien de temps faudrait-il à l'un d'eux pour prendre le contrôle d'une bande de jeunes ? Et les pousser à les coordonner assez pour nous attaquer ? Je ne veux pas le découvrir. Dès que les gamins seront réveillés nous allons mettre les bouchées doubles pour retourner en territoire sûr.

Le major ne me contredit pas. Son regard fatigué se posa juste sur les petits qui dormaient. J'aurais préféré qu'elle me passe une remontrance. Ma main se posa sur son épaule.
- En attendant, nous avons aussi besoin de nous reposer. Dormez. Je prends le premier tour de garde. Peut-être même que des secours vont arriver entre-temps. La fumée dégagée par les incendies est plutôt repérable en plein jour.
- Bien, Lieutenant, ne vous endormez pas et alimentez le feu. Tenez, voici ma montre. Réveillez-moi dans deux heures. Je vous relayerai.
Elle s'allongea et se mit à ronfler très vite. Mes pensées et moi nous restâmes bien seuls. La rage montait en moi. Déjà cette saleté de métamorphe avait bousillé mon vaisseau, qu'il n'essaye pas maintenant de s'en prendre aux gamins. Il allait découvrir de quel bois je me chauffais. Une grimace me courut sur le visage. Tout cela c'était bien beau en théorie, mais en pratique, nous n'avions rien qui puisse inquiéter cet extraterrestre. Il nous surclassait en tout sans notre technologie.

Les gamins ne remuaient pas. Pour m'occuper, je ramassai un bon tas de bois et l'entassai à côté du feu. Il y en avait presque assez pour monter une palissade, avec un poil d'exagération.
Au bout du temps imparti, je réveillai ma collègue, lui rendit sa montre et partis piquer à mon tour un petit roupillon.

Bien trop vite, le major vint me réveiller.
- Il y a un problème. Il manque un des enfants.
Mon regard se porta sur ceux qui restaient, endormis.
- Pas de panique. Il a dû avoir besoin de s'isoler dans un coin. Nous allons le retrouver…
Avant qu'il ne soit trop tard.
Un bout de chou comme cela ne devait pas pouvoir aller bien loin. Mes mains se portèrent sur une branche enflammée.
- Major, surveillez ceux qui restent. Je vais aller effectuer une reconnaissance. Au fait, comment s'appelle notre manquant.
Un des gamins nous surveillait du coin de l'œil et intervint.
- Elle s'appelle Yuki et c'est une fille.
Il renifla écœuré et nous tourna le dos. Il ne me restait plus qu'à y aller. Après m'être éloigné de la clairière, je me mis à appeler notre petite fugueuse et agiter mon flambeau.
Des taches bleues et blanches au pied d'un arbre attirèrent mon regard. Tous les petits avaient la même tenue. Avec précaution, je me rapprochai. La gamine se tenait roulée en boule et dormait comme une bienheureuse. A première vue, elle ne souffrait d'aucune blessure. Après avoir posé mon brandon, sans la réveiller, je la saisis entre mes bras et filai la ramener près du feu de camp.

Le major sourit à notre retour.
- Un vrai père poule…
Mon sang ne fit qu'un tour.
- Ce n'est pas comme tout le monde. Alors, pas d'autres de perdus ?
Son visage blêmit.
- Que supposez-vous, Lieutenant ?
- Vous n'auriez pas intérêt à en perdre quelques-uns ?
Sa réponse prit la forme d'une bonne baffe. Sans plus nous parler, nous réveillâmes notre troupeau et reprîmes la route avec la même disposition que la veille. Même si nous nous trouvions en plein jour, nous nous baladions toujours avec des flambeaux improvisés. Cela représentait notre meilleure arme. Les petits se plaignirent un peu d'avoir faim, mais à la vue de nos têtes renfrognées, ils n'insistèrent pas trop.

Avec méfiance, le major et moi nous nous surveillions l'un l'autre. Un gros doute me tenaillait. Et si le métamorphe se trouvait parmi nous ? S'il avait pris la forme du major ? Ou même celle d'un des gamins ? La Yuki avait tout de la bonne candidate. D'ailleurs elle avait survécu. Cela démontrait une sacrée chance ou bien qu'elle avait la capacité de se débrouiller toute seule.
Pour le major, dès mon réveil, rien n'interdisait le fait qu'elle soit déjà l'extraterrestre. Elle ne souffrait d'aucune égratignure et rien de ce qu'elle m'avait dit ne prouvait son identité. Son nom et son rang figurait sur son uniforme. Et elle avait refusé de me donner mon nom, peut-être parce qu'elle ne le connaissait pas ? Pourquoi alors ne pas m'avoir éliminé comme les autres membres d'équipage ?
Parce que cela n'aurait pas paru crédible qu'elle soit la seule à s'en sortir. Les enfants ne représentaient pas une menace pour elle et au contraire un bon alibi. En perdre en cours de route, la débarrasserait de poids morts et attirerait encore plus la sympathie sur elle. En clair mon rôle tenait en celui du pigeon de service.
Comment le prouver ? Et surtout ne pas y laisser ma peau. Moi et ma grande bouche. Grace à elle, maintenant le major se tenait sur ses gardes. Une autre pensée me traversa le crâne. Et si elle pensait que c'était moi l'extraterrestre ? Non. Pas possible. C'était elle qui m'avait réveillé. Je lui avais servi d'alibi jusqu'ici. Là, je n'avais plus d'utilité pour elle. Une sueur glaciale me coula le long du dos. Et s'il y en avait plusieurs ? La navette était monoplace, mais rien ne prouvait que leur taille était la même que la nôtre, ni qu'ils ne pouvaient pas se tasser à plusieurs. Tout le monde se retrouvait donc suspect.
Que faire ? Tous les abandonner sur place ? Même si cela me tentait, je refusais de me conduire ainsi. Tout d'abord si j'avais raison, je les aurais tous sur le dos tout de suite. Et si jamais je me trompais, même s'il n'y avait qu'un seul Humain dans toute la bande, ce geste le condamnerait à mort.
Non, tout ce qu'il me restait à faire, c'était serrer les dents et avancer jusqu'à rejoindre la civilisation. Là, je raconterais toute l'histoire aux autorités et dans le pire des cas, ils se moqueraient bien de moi. Passer pour un guignol m'indifférait du moment que je reste en vie.

Un cri d'horreur m'arracha à mes sombres ruminations.
Trois Sshaads nous avaient suivis et attaquaient l'arrière-garde. Leur tactique n'avait rien de bien compliqué. Ils voulaient isoler un membre de notre troupe et le manger pendant que le reste d'entre nous filait se mettre à l'abri. La personne la plus isolée était le médecin, même si la chair tendre des gamins avaient de quoi tenter des carnivores.
Un coup de griffe vicieux frappa le bras droit du major. Du sang gicla de la plaie. La femme sous le choc lâcha sa torche. Sans plus réfléchir, je chargeai. Le premier reptile se retourna vers moi et ouvrit sa gueule. J'y enfonçai mon brandon. L'animal hurla à son tour de douleur et fila à l'abri des arbres. Les deux qui restaient ne bougeaient pas d'une écaille et évaluaient la menace que je représentais. Mes deux mains arrachèrent des branches enflammées dont nous avions pourvu les enfants.
Le médecin farfouilla dans son kit de premier secours pour se trouver une bande ou un truc du même genre. Comme si c'était bien le moment.
Un sourire me monta aux lèvres. Mes dents n'avaient rien pour impressionner les deux monstres face à moi. Un pied après l'autre j'avançai vers eux. L'odeur du sang les poussait à attaquer, mais ils se méfiaient de moi sans plus s'occuper de leur proie. Grave erreur de leur part. Du liquide éclaboussa l'un des sauriens. Une torche vola dans sa direction et le tout s'enflamma. Vu la tournure des événements, tous les reptiles préférèrent s'enfuir.
Le major au sol tenait une bouteille vide et respirait avec difficulté. Elle m'adressa un rictus.
- Alcool à 90° pour désinfecter les plaies. Façon peu conventionnelle de s'en servir.
Je ramassai sa torche et lui rendis.
- Faut espérer qu'il en reste. Toubib, votre plaie n'a pas l'air très joli.
Ses lèvres se crispèrent pendant qu'elle ouvrait un autre flacon avant de se le verser dessus.
- Je m'en occupe. Lieutenant, rassurez les petits.
J'obéis. Pas parce que je n'aurais pas pu saisir l'occasion, mais parce que tant qu'il y aurait un doute, jamais je ne pourrais abandonner des gens, encore moins des enfants sans défense.

Le major finit de se bander le bras et avant de s'injecter un produit, m'appela.
- Les griffes et les crocs de nos compagnons de jeu sont infectés de tas de saloperies. Lieutenant, ce cocktail d'antibiotiques et d'antidouleur va me mettre hors jeu. Désolée. Quand nous serons sortis de cet enfer, j'aurais quelque chose à vous avouer. Continuez jusque-là votre travail. Vous vous débrouillez très bien. Bien mieux que je l'aurais espéré en fait.
Ses yeux se révulsèrent et son corps se ramollit. Si elle simulait, elle méritait un prix pour son jeu d'acteur. Bravo, maintenant elle me filait tout sur les bras. Et comment je me débrouillais, moi ?
- Les enfants, écoutez-moi. Tout le monde à faim et voudrait aller dormir et être câliné par maman et papa. Même moi. Mais nous allons encore marcher. Et vous allez me donner un coup de main.
Les gosses avaient un bon fond et m'obéirent sans soucis. Le major passa par-dessus mon épaule gauche et mon bras l'empêcha de tomber. Son corps ne pesait presque rien et me dérangeait à peine. De la main droite, j'agitais une torche.

Nous changeâmes de formation. Sans arrêt je changeais de place, une fois à l'avant, une fois à l'arrière du petit groupe. Un antique chien de berger n'aurait pas réalisé un meilleur travail pour garder son troupeau.
Le peu de trajet parcouru m'inquiétait. Nous allions encore passer une nuit ici, sans manger, ni boire, et avec des bestioles désireuses de se tailler un steak.

Une forme sombre passa aux dessus de nos têtes dans un rugissement. Une navette ! Des secours ! Les gamins et moi nous nous agitâmes comme des fous pour attirer l'attention. Il devait y avoir des détecteurs pour nous avoir repérés malgré les arbres. Le vaisseau revint vers nous et une écoutille s'ouvrit. Un Sshaad apparu, engoncé dans une combinaison de vol. Il claqua plusieurs fois du bec avant de nous interpeller.
- Continuez à avancer. Il y a une clairière droit devant. Nous allons nous y poser et vous récupérer.
Avec joie nous filâmes dans la direction indiquée. Malgré les calmants, être brinquebalée ainsi tira des râles de la femme sur mon dos.
- Courage Major, nous sommes sauvés.
Son corps se contracta contre moi. Aïe ! J'avais commis une erreur. Maintenant elle allait se retourner contre moi. J'en savais trop. Un soupir sortit de sa gorge.
- Lieutenant, arrêtez-vous. Nous devons parler. Vous devez vous enfuir…
La stupéfaction me stoppa dans mon élan et je lâchai presque la blessée. Avec soin, je la reposai sur ses pieds. Ses yeux, vitreux avec les médicaments, se fixèrent droit sur les miens.
- Pourquoi Major, vous voulez me faire du mal ?
Un rire triste sortit de sa gorge.
- Lieutenant, vous m'aviez demandé qui vous étiez. Je ne le sais pas. Je sais juste que vous êtes le métamorphe. Le vrai lieutenant est mort dans le choc avec le reste de l'équipage. Lors du choc, vous avez dû avoir un traumatisme qui vous a poussé à imiter la première forme face à vous. C'était lui. Je suis arrivée à ce moment et j'ai tout vu.

Elle me raconta alors que comme elle se trouvait à l'arrière avec les gamins, cela lui avait permis de s'en sortir sans dégâts. Comme je ne réagissais pas et vu la situation désespérée elle avait eu une idée folle. Les métamorphes formés à la guérilla contre l'envahisseur avaient l'habitude de prendre soin de leur troupe d'enfants Sshaads. Pourquoi en aurait-il été autrement avec des enfants humains ? Le médecin avait fait plusieurs paris fous. Tout d'abord que les langues humaines ne m'étaient pas inconnues. Mon espèce était renommée pour sa curiosité. Ensuite que le choc me désorienterait assez et que la psychologie métamorphe me pousserait à suivre le comportement de la forme imitée. Cela expliquait à la fois sa froideur et son besoin de me pousser de l'avant. Elle avait aussi fait exprès de laisser certaines choses dans l'ombre. Jamais elle ne m'avait demandé comment je savais dans quelle direction aller. Rien en dehors de mon instinct ne me guidait et elle le savait.
Bravo, elle avait bien joué et m'avait bien berné.
Sa main douce sur mon visage et des larmes dans son regard me ramenèrent à la situation présente.
- Merci pour tout, Lieutenant. Mais, il vaudrait mieux que vous filiez maintenant avant de vous faire prendre.
Incertaine sur mes réactions, elle recula d'un pas.
- Je ne sais toujours pas qui je suis. Mais je finirais bien par le trouver, maintenant que je sais ce que je suis. Adieu, Major. Ce fut un plaisir de faire un bout de chemin avec vous.
Sur ces mots, mon corps et mon simulacre d'uniforme fondirent pour prendre l'apparence d'un Sshaad adolescent. Le jeu de la transformation, une fois que nous savions comment le pratiquer, ne s'oubliait jamais. Sur un sifflement reptilien, je filai sans me retourner pour rejoindre l'abri des arbres et reprendre ma tâche de guérilla.


_________________
Philippe Halvick

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Mar 20 Juil 2010 04:15
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Vraiment très bon, je suis resté bluffé sur l'efficacité du scénario.
Bravo à l'auteur

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"L'imagination est plus forte que la science"
Albert Einstein
"un dé pour les dominer tous
un dé pour les unir
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et sur les tables, les faire jouer!"


Mar 7 Sep 2010 13:32
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:mrgreen: Texte excellent. J’aime beaucoup la chute. Quelques précisions de décor (quel type de forêt, quels obstacles à la marche, quels bruits éventuels…) seraient souhaitables et rendraient la progression plus vivante. Surtout si les persos se demandent quel type de bruit peut faire une meute de jeunes Sshaads.

Un passage qui mériterait une relecture:

La jeune femme me secoua et me piailla dans mes oreilles.

- Abrège l'encyclopédie. Que te rappelles-tu sur les jeunes ? Avant leur phase dite de Renaissance ?


Attention, c’est le moment-clé du récit. La major essaie d’éveiller l’instinct protecteur de l'amnésique, et elle n’est pas du tout certaine de réussir. Sans laisser deviner la suite, on pourrait marquer l’importance du moment de façon un peu plus grave que par « elle me piailla dans les oreilles ».


Mer 8 Sep 2010 20:47
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Généralement quand on avance sous une menace on ne fait pas attention au petit détails.
Vu que le point de vue est interne au colonel, il est plausible qu'il ne fasse attention à rien d'autre que sa "meute"

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un dé pour les unir
un dé pour les rassembler tous
et sur les tables, les faire jouer!"


Mer 8 Sep 2010 21:17
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Inscription : Sam 2 Mai 2009 21:16
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Soulnight a écrit :
Généralement quand on avance sous une menace on ne fait pas attention au petit détails.
Vu que le point de vue est interne au colonel, il est plausible qu'il ne fasse attention à rien d'autre que sa "meute"

Justement: quand on avance dans une forêt hostile avec une bande de gamins inexpérimentés, on fait très attention aux petits détails. Pas "C'est joli, ces fleurs rouges", mais "Aïe, si un de mes petiots met le pied dans ce trou, on le récupère avec une jambe en moins".


Ven 10 Sep 2010 01:06
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Inscription : Lun 26 Juil 2010 17:45
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Quelques phrases à la formulation pas très heureuse mais le texte est efficace et l'histoire intéressante.

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Ven 10 Sep 2010 08:10
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Inscription : Lun 17 Mai 2004 11:13
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Bonjour à tous,


Soulnight, plutôt d'accord avec Cialf sur ce point : dans un environnement hostile, on est attentif à tout, car tout peut se révéler un danger. Et qui plus est si on guide une bande de gosses...

Les relectures sont prévues et prendront en compte les suggestions. A ce propos, Lauryn, as-tu des exemples des formulations pas très heureuses sur ce texte ? Merci d'avance !

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Benoît 'Mutos' ROBIN

"Si ce message n'est pas édité au moins 3 fois, attendez un peu, il n'est pas fini !"


Dim 12 Sep 2010 04:20
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Inscription : Mar 27 Juil 2010 22:32
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un texte efficace, un doute qui naît dans l'esprit du lecteur, évoqué par le narrateur un peu plus tard (sur le major), et un retournement final bien mené. Bravo !


Dim 19 Sep 2010 13:37
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Inscription : Mer 23 Sep 2009 18:39
Message(s) : 11
JE SUIS LA FEMME DE JOLLYRODJER.
J'ai lu votre texte, j'ai accroché tout de suite même si j'ai été perdu par les différentes éspéces que je ne connais pas (sshaads ect...).
Il y a qqs fautes à mon avis d'écritures (temps, et il me semble qu'il manque un mot à un endroit).
La fin est génial.


Jeu 23 Sep 2010 10:21
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Inscription : Lun 17 Mai 2004 11:13
Message(s) : 3131
Localisation : Près de Paris
Bonjour à tous,


Modifié suite à première relecture. En fait assez peu de changements, juste quelques tournures et éclaircissements.

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Benoît 'Mutos' ROBIN

"Si ce message n'est pas édité au moins 3 fois, attendez un peu, il n'est pas fini !"


Ven 1 Oct 2010 04:50
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Traduit en français par Maël Soucaze.