Consulter les messages sans réponse | Consulter les sujets actifs Nous sommes actuellement le Sam 20 Jan 2018 15:53



Répondre au sujet  [ 1 message ] 
 10 - Les cailloux du gésier 

Votre opinion sur cette nouvelle ?
Le sondage s’est clôturé le Jeu 22 Oct 2009 04:29
Excellent 100%  100%  [ 4 ]
Bien 0%  0%  [ 0 ]
Suffisant 0%  0%  [ 0 ]
Insuffisant (qualité d'écriture) 0%  0%  [ 0 ]
Insuffisant (intégration dans l'univers) 0%  0%  [ 0 ]
Nombre total de votes : 4

 10 - Les cailloux du gésier 
Auteur Message
Contributeur
Avatar de l’utilisateur

Inscription : Sam 2 Mai 2009 21:16
Message(s) : 527
(Extrait des carnets de Sara Seynberg, xénoethnologue de l’Alliance Planétariste humaine)

« Comme d’autres vertébrés centauroïdes skaraens, les Rithai ont une bouche relativement petite par rapport à leur corps. Ils ont donc besoin d’un gésier empli de cailloux, comme les oiseaux, pour broyer les petits os ou les graines dures.
En langue Rith, le verbe correspondant à « broyer dans le gésier », employé au mode actif, suffit à désigner les cailloux ; au mode passif, la nourriture broyable ; au mode locatif, le gésier lui-même.
Ce trait biologique est à l’origine de nombreux usages et proverbes. Les petits sont nourris de lait maternel, puis de viande prémâchée par un aîné, avant d’avoir un gésier fonctionnel qui les rend autonomes au plan alimentaire. « Il n’a pas de cailloux dans le gésier » se dit d’un petit enfant. Mais « tu n’as pas de cailloux dans le gésier » se dit péjorativement à un jeune ou même à un Rith adulte qui se conduit de façon puérile et irresponsable. « C’est à broyer dans le gésier » désigne un problème à résoudre. « Un caillou du gésier » est une expression courante pour une personne ou une chose faible, ou de peu de valeur isolément, mais très importante comme partie d’un collectif : c’est l’équivalent de « l’union fait la force »… »

Je passe énormément de temps à transcrire mes notes, et surtout mes longs entretiens avec les Rithai. Mon contrat d’étude avec Irilia m’interdit de conserver mes enregistrements sonores plus d’une semaine. C’est un crève-cœur de détruire mes fichiers de chant choral et de poèmes magnifiquement récités. Hélas, je sais que mes notes ne peuvent donner qu’une très faible idée de ces formes d’art, mais les Rithai sont intraitables sur ce point.

La nuit est tombée depuis un moment sur Thim Skarae. Je laisse la porte de la tente grande ouverte pour profiter de la fraîcheur du soir, après une journée étouffante. Thim Skarae est la capitale saisonnière et le principal astroport d’Irilia-17. En fait, son nom est un nom commun qui signifie « La Porte de Skarae ». C’est le terme employé dans plusieurs colonies des Rithai pour marquer leur lien avec la planète-mère.

Le Thim Skarae où je suis a aussi un nom familier, d’usage purement local, qui se traduirait par « La Grosse Graine ». La légende prétend que les premiers explorateurs y ont vu une quasi-gerboise qui rongeait une graine plus grosse qu’elle. Dans la symbolique Rith, cela correspond à « Avec de la patience, on arrive à tout ». Cela marque aussi l’attitude un peu dédaigneuse des Rithai nomades envers leurs propres villes.

Notre tente est plantée dans les faubourgs de Thim Skarae, parmi d’autres tentes semblables. La tribu Pok’kar au complet a déménagé vers la ville, en laissant seulement quelques jeunes à la garde des troupeaux. La tribu vient accompagner l’ancien Atmutham. Il n’a plus guère de rôle actif, il a laissé le pouvoir à ses fils, mais c’est un Idrimar et sa sagesse est respectée. A ce titre, il est membre de la Guilde qui dirige la politique planétaire. Je tiens à voir les cérémonies de la Guilde, que je n’ai pas encore eu l’occasion d’observer de près.

C’est aussi, depuis mon arrivée sur Irilia-17, ma première visite à Thim Skarae. Ce n’est pas une très grande ville. En fait, quelques bandes habitées en bordure des pistes, et quelques bandes de terre à peine plus larges où les Rithai cultivent des plantes textiles, tinctoriales et médicinales. Thim Skarae est le lieu de réunion périodique de la Guilde, et le principal centre de commerce. Au total, la ville et son bassin agricole totaliseraient 50 000 habitants. Mais ce chiffre ne comprend pas les Adrim.

Si vous demandez à un Rith combien il y a d’Adrim à Thim Skarae, il prendra un air maussade, se battra les flancs avec sa queue, et répondra : « Aucun. » Si vous lui montrez certains champs, fort bien cultivés, autour de la ville, et si vous lui demandez qui les cultive, il répondra « Personne ». Même ma meilleure amie Rith, la guérisseuse Kladaway, près de laquelle j’ai planté ma tente depuis le début de mon séjour, refuse toute discussion sur les Adrim.

Même ma servante, qui est légalement mon esclave et tant pis si je fais semblant de l’oublier, évitera de parler des Adrim. La seule fois où je lui ai posé la question, elle a eu une figure tellement effrayée et chagrinée que je n’ai pas osé insister. « Tu n’as pas besoin de fausses paroles », c’est tout ce qu’elle a su répondre. Peu après, alors que j’étais occupée à mettre de l’ordre dans mes notes, elle est revenue avec une tige de bois résineux, le genre qui sert de torche. Elle l’a allumée avec le briquet. Nous sommes la nuit, ma lampe marche très bien, et je ne comprends pas du tout pourquoi elle fait cela. Elle me met la torche dans la main.
« Qu’est-ce que tu veux que je fasses avec ça, Pouliche? »
Elle couvre sa bouche avec sa main, et elle agite l’autre bras de gauche à droite. Je prends la torche et je commence à en faire autant. Elle a l’air d’approuver. Elle me promène dans les différents coins de la tente, y compris vers le tapis où dort son petit garçon, et elle refait le geste d’agiter le bras. Je secoue encore la torche ici et là. Elle finit par se rassurer peu à peu et s’enroule sur le tapis, le petit au chaud sous son ventre. Je me remets à mes notes. Mais, d’ici, je vois bien qu’elle ne dort que d’un œil et qu’elle tressaute au moindre bruit.

J’ai la vague idée que cela a un rapport avec ma question sur les Adrim. Depuis hier, la question ne me lâche plus. J’entrouvre la tente et je vais faire quelques pas, au clair des deux lunes, pour réfléchir un peu.

Là, dans la fraîcheur nocturne, je vois des Rithai des deux sexes qui s’activent parmi les arbustes. Ils arrosent, bêchent, sarclent, taillent les branches. Ils ne semblent pas différents des paysans qu’on voit dans la journée. Excepté que, depuis plusieurs jours, je n’avais vu aucun Rith dans ce champ-là. Quand j’étais négociatrice entre l’Alliance et Irilia, je me souviens qu’un K’rinn m’a fourni une de mes très rares indications : « Chez les Rithai, il y a des gens qui n’existent pas, qu’on appelle des Adrim. C’est très curieux. Il y en a toujours beaucoup autour de Thim Skarae ». Ces paysans nocturnes seraient-ils des Adrim ?

Je veux en avoir le cœur net. Je descends du chemin et j’avance sur la terre labourée, en faisant attention de ne pas me tordre le pied. Pas de chance : ils me repèrent tout de suite et ils détalent en courant. A pied, je n’ai aucune chance de rattraper un Rith. Même une femme plus jeune et plus sportive que moi n’y arriverait pas. Pourtant, si : un des Rithai boîte avec beaucoup de peine, et même il trébuche et tombe au milieu des arbustes. Je me rapproche avec prudence. Il se tord par terre et semble souffrir beaucoup. Je lui dis, dans mon meilleur style Rith :
« Que les lunes te soient propices, à toi et à tes ancêtres. Quel mal as-tu ? Ce serait un honneur pour moi d’aider un Rith, si j’en suis capable. »
Il tourne sa face vers moi, et il dit d’une voix douloureuse :
« Pourquoi cherches-tu un Rith ? Personne ici, personne. Je suis un caillou vomi du gésier. »
Je ne crois pas le connaître, et pourtant, à la faible lumière des étoiles, il me regarde comme s’il me connaissait. Le haut de sa figure est d’une couleur indéfinissable. Une large cicatrice ferme son œil gauche. La chute a dérangé ses vêtements, et une de ses jambes est selon un angle peu naturel. Je regarde tout autour si quelqu’un d’autre est en vue. Les autres paysans sont là, immobiles, à la lisière du champ, et j’ai la nette impression qu’ils attendent mon départ pour lui porter secours. Ma présence lui cause sans doute plus de mal que de bien.  Je suis sur le point de m’en aller, avec quelques mots d’excuse. Pourtant, je ne peux pas m’empêcher de lui demander :
« Sais-tu quelque chose sur les Adrim ? »
Il fait alors une chose que je n’ai jamais vu faire : il mord le sol à pleine bouche, puis recrache de la terre et des cailloux. Je me hâte de m’en aller.

De retour dans ma tente, il me faut une heure et plusieurs coupes de thé pour regagner un semblant de calme. Ce pauvre infirme serait un Adrim ? Comment et pourquoi ? J’ai déjà eu du mal à accepter le fait de l’esclavage chez les Rithai : sur ce point, ils ne sont pas meilleurs que les humains. L’esclavage a existé longtemps sur Terra, et sous des formes pires. Chez les Irilia, l’esclave est humilié et exploité, mais il n’est asservi que pour un temps, généralement un an ou deux, en paiement de fautes. Et surtout, on n’est pas esclave de naissance. Ma servante est esclave, mais son petit Dorbih’nni est un Rith libre. Alors que j’ai entrevu des petites silhouettes enfantines parmi ces cultivateurs nocturnes. Ainsi, il y a des malheureux dont la condition est encore pire que celle des esclaves…

Cette nuit-là, j’ai eu du mal à m’endormir et j’ai fait un cauchemar. Je me traîne sur le sol, tirée par une corde, entre plusieurs masses en mouvement. Puis je sais qu’il s’agit des quatre jambes d’un Rith, mais un Rith de taille gigantesque, et son ventre occupe tout le ciel au-dessus de moi. Le Rith s’enfonce dans un sol instable, et ses mouvements, son piétinement vont m’enterrer vivante, ma bouche se remplit de cailloux et de sable. J’étouffe ! Je me réveille en sueur. Ma servante, Pouliche aux Pattes Fines de son nom d’esclave, est à côté de moi. Elle me fait signe qu’elle voudrait me masser. J’accepte avec reconnaissance. Nous avons appris à nous comprendre, toutes les deux : une esclave ne parle jamais tant qu’on ne lui demande rien, mais elle sait se faire entendre par des gestes discrets, et ses massages me font vraiment du bien. « Petite Ancienne, Petite Ancienne… », murmure-t-elle avec le même son de langue qu’elle utilise avec le bébé. C’est vrai, elle me traite comme son autre petit.

L’esprit détendu, je laisse ma pensée vagabonder. Je reviens aux premiers temps de mon séjour, et à la fête des Deux Lunes, la première grande cérémonie Rith à laquelle j’ai assisté. Une grande et glorieuse manifestation, teintée de violence certes, mais où les Rithai combattent pour la gloire et l’honneur. Soudain, je sursaute. Je sais où et quand j’ai vu le Rith à la cicatrice. C’était au banquet, près du feu, la veille de la fête. Un grand guerrier à l’allure fière, qui attirait les regards. Je n’ai pas demandé qui il était : j’avais tant de choses à noter à ce moment-là ! Mais je me rends compte que je l’ai vu une deuxième fois le lendemain, méconnaissable dans son armure matelassée, la tête couverte de sang, porté par trois camarades.

Est-ce lui ? Comment établir un lien entre ce guerrier imposant, trônant au milieu de ses admirateurs, et ce pauvre infirme boitillant la nuit dans les champs ? Pourtant, la cicatrice…

Il ne va pas tarder à faire jour, et j’entends du bruit du côté de la tente de Kladaway : elle a commencé à se nettoyer, avec une minutie féline. J’en fais autant, aidée par Pouliche. La journée sera longue, et la grande tente de la Guilde est loin de notre campement. Je demande à Pouliche de mettre sa robe neuve. Toute esclave qu’elle est, elle a droit à quelques privilèges puisque son petit est mon « fils de tente », mon enfant légal selon la coutume Rith. Elle doit me faire honneur quand nous irons à la réunion.

Je vais trouver Kladaway. Pour une fois, elle accepte de se laisser conduire dans mon véhicule. C’est un tout-terrain minier, guère confortable, surtout quand Am’kaz, le jeune chauffeur, s’amuse à faire de la vitesse. Comme les Rithai n’ont pas l’habitude de se déplacer sur roues, il faut que je m’en contente. Je profite de la route pour poser quelques questions à Kladaway.
« Dis-moi, Kladaway, te souviens-tu du combat des Dragons à la fête des Deux Lunes ? »
« Bien sûr. C’était une belle fête, digne de notre clan. Eh bien ? »
« Te souviens-tu des deux champions qui montaient les dragons ? Sais-tu ce qu’ils sont devenus ? »
« C’est la chevalière qui a gagné. Tu vas la revoir, elle fait partie des invités d’honneur. Elle sera à la même tribune que toi. »
« Et le chevalier, le vaincu ? Sais-tu ce qu’il est devenu ? »
« Tu as des pensées sombres, aujourd’hui. Je dirais que tu as mal dormi et que tu as fait un cauchemar. Je veillerai à te donner une potion. »
« Tu prends toujours soin de moi. Mais le chevalier ? »
« Il est mort de ses blessures quelques jours plus tard. Comme c’était plus d’une semaine après, il n’a pas eu droit aux funérailles des héros. Son campement lui a fait des funérailles ordinaires, je n’y étais pas. C’est le campement Tenymh, là où Bodyam’ul est guérisseuse. »
Kladaway fait la moue en disant cela, et pointe ses oreilles avec mauvaise humeur. Je sais que Bodyam’ul est une collègue qu’elle n’estime guère. D’ailleurs, même les gens de la tribu Tenymh viennent souvent consulter Kladaway pour qu’elle répare leurs maladies mal soignées.

Nous arrivons à la tente de la Guilde, un vaste chapiteau à deux pointes, surmonté de nombreuses bannières, les emblèmes de toutes les tribus d’Irilia-17. Un gros cargo spatial est posé tout au bout de la piste, à deux bons kilomètres, entre les hautes tours des relais de distorsion. Sa présence a-t-elle un rapport avec la réunion de la Guilde ? Sans doute.

La séance va durer toute la journée, et Am’kaz me demande la permission d’aller en ville « pour acheter des pièces détachées ». Je connais Am’kaz et je soupçonne que quelques-unes de ses pièces détachées se trouvent entre les cuisses d’une jeune Rith. Mais c’est sa vie, après tout, et je lui donne volontiers sa journée.

Le chapiteau est immense et j’ai du mal à m’orienter. Les appariteurs me guident vers ma place. Il n’y a pas de numéros, mais ils savent sans hésiter la place de chacun. Je branche mon rafraîchisseur d’air, car, dans cet espace clos, je sens que la chaleur va vite devenir intenable.

Kladaway est très loin derrière moi, dans la foule des gens ordinaires. Dans ma tribune, celle des invités de marque, je vois une double bannière grise et bleue : la chevalière de la Fête des Lunes, dans son armure de tournoi. Elle est trop loin pour que je puisse lui parler. Un peu plus près, j’identifie des chefs de campement qui n’ont pas droit au rang d’Idrimar. Parmi eux, Pok’karath et Tapok’ki, le couple dirigeant de mon propre campement. Et plus près… Je suis placée tout contre un mâle Rith, qui me salue avec des formules de politesse. Il fait suivre chaque formule d’une brève traduction en langue humaine. Ses tournures de langage indiquent un Thisk, un noble. Il ne cache pas sa joie et se frotte la cuisse de contentement quand je lui réponds en Rith. Il me félicite pour ma connaissance parfaite de sa langue. C’est encore bien exagéré, il y a des sons que je suis incapable de reproduire, mais c’est vrai que j’ai fait des progrès depuis le début de mon séjour. En tout cas, il ne tarde pas à parler plus librement, et il s’excuse s’il a du mal à prononcer mon nom, Seynberg. Comme l’indique son costume, une robe verte à insignes dorés qui est la version mondaine de l’uniforme, il est capitaine commercial du grand cargo que j’ai vu au bout du spatioport. Il a déjà vu des humains, et il est très heureux du développement des échanges entre nos deux espèces. Je lui demande :
« Très honoré Thisk, sais-tu quel sera le sujet de cette discussion de la Guilde ? »
« Présence humaine désirée, tu seras contente de savoir qu’il s’agira des rapports avec la Rithai Kemae. La Rithai Kemae est très favorable aux bonnes relations avec votre peuple. »
La Rithai Kemae. La Guilde transplanétaire qui tente de créer une forme d’unité entre les clans Rithai. Je sais qu’elle a donné un avis favorable à mon voyage, et que c’est en partie grâce à elle que je suis ici. Mais le clan Irilia est partagé sur les rapports avec elle…
« Fais attention, Présence humaine désirée. Il faut faire de la place pour le Déclareur. »
Un profond silence s’est fait en un instant sous le chapiteau. La foule se recule de plusieurs mètres au passage d’un Rith, un adulte mâle en robe noire. Les gens ont l’air respectueux… ou plutôt effrayés. Le Déclareur s’avance jusqu’au centre de l’arène, face au groupe des Idrimar et des anciens de la Guilde. Il prend quelques minutes pour méditer en silence, il balance son buste supérieur à droite et à gauche, et enfin il déclare :
« Membres de la Guilde, peuple des Rithai, le ciel est favorable pour nous tous. Cette nuit sera une nuit pure, sans risque de Dri’h. »
Un soupir de soulagement retentit de haut en bas de l’immense salle. Le Déclareur, sans ajouter un mot, repart d’où il est venu. Il passe non loin de moi, et je vois qu’il a deux points bleus marqués sur les côtés du front. Il disparaît dans la foule.
Mon voisin Thisk a l’air moins impressionné que les autres. Il me dit à l’oreille :
« Il n’a pas grand mérite à l’annoncer. Il travaille à l’observatoire. Autrefois, le Déclareur pouvait être tué s’il faisait une prédiction fausse… »
Il n’a pas le temps d’en dire plus. Les anciens de la Guilde commencent la longue série des formules rituelles.
« De Skarae est née Irilia avec ses trois lunes, et d’Irilia est née Irilia-17, et nos lunes sont nées de leurs lunes… »
Les Irilia aiment prendre leur temps, et il leur faut deux longues heures pour entrer dans le vif du sujet. Mais une fois la discussion entamée, elle s’anime très vite. Certains Idrimar veulent envoyer un représentant à la Rithai Kemae, mais comme simple observateur, sans s’engager à appliquer ses décisions. D’autres voudraient y entrer pour assurer le pouvoir du clan Irilia. Leur porte-parole est Atma’h, Idrimar et frère cadet de Pok’karath. Un troisième orateur proteste qu’entrer à la Rithai Kemae, même en observateur, serait une atteinte intolérable à l’indépendance de leur clan…
Le ton monte rapidement, et les anciens doivent intervenir plusieurs fois pour empêcher des querelles ou des duels entre Idrimar. Le public ne participe pas au vote, mais il exprime son opinion par des battements de pieds, des sifflements et autres bruits typiques des Rithai. Une majorité se dégage pour élire un représentant, qui siègera à la Rithai Kemae, mais sans engager les décisions du clan.
« Ils parleront selon leur sagesse, et nous agirons selon notre honneur. »
Il faut alors choisir ce représentant. Atma’h s’avance et fait un vibrant éloge de la tribu Pok’kar. Il a exercé de hautes fonctions dans les systèmes Irilia, il est énergique et ambitieux, mais il n’a pas que des amis : son ascension trop rapide l’a brouillé avec beaucoup de monde, et, je crois, même avec Pok’karath. Plusieurs autres candidats se présentent, et la foule manifeste bruyamment son approbation ou son désaccord.

Enfin, après de longues heures de vacarme où aucune majorité ne se dégage, Atma’h se lève, va poser sa main sur l’épaule de son vieux père, et dit simplement :
« Voici notre candidat. »
Un silence se fait. Puis les membres de la Guilde votent en levant les deux bras, et en quelques instants, l’unanimité se fait autour d’Atmutham. Le public se dresse en masse et le chapiteau résonne d’un immense cri de joie. Dans ce tintamarre de cris et de battements de pieds, Atmutham n’arrive pas à placer un mot. J’en profite pour compléter ma connaissance de la gestuelle Rith. Tandis que la Guilde prononce les formules de désignation, Atmutham met sa main devant sa bouche, signe de honte, mais il se frotte la cuisse avec le bout de la queue, signe de contentement. Je traduis : « satisfaction modeste. »

Le vacarme s’apaise peu à peu, et le public se dirige vers la sortie, dans un grand brouhaha de pieds. L’obscurité est tombée, et les Rithai vont sans doute faire la fête toute la nuit pour marquer l’évènement. Mon capitaine commercial ne me lâche pas. Je m’en accommode, car mon pilote est introuvable, et des troupes de fêtards commencent déjà à courir dans les rues en bousculant les passants. Le capitaine commercial est un des rares à ne pas partager la joie ambiante.
« Vous voyez ? Les deux lunes sont là. Pas besoin d’être Déclareur de Dri’h pour le savoir, il suffit de savoir lire les tables astronomiques. Il y a trop de vieilles coutumes, chez nous, qui sont conservées alors qu’elles ont perdu toute raison d’être. »
Je me souviens alors du sens du mot « Dri’h » : une éclipse. Les lunes d’Irilia-17 sont trop étroites pour éclipser son soleil, mais elles sont obscurcies plusieurs fois par an par le cône d’ombre de la planète.
« Les Irilia craignent les éclipses ? »
« Les Irilia sont un clan brave, pas craintif. Ils sont juste attachés aux vieilles coutumes. C’est dans une semaine, pas avant, que la lune gauche sera éclipsée. Alors, il faudra vraiment faire attention. D’ici là, il n’y a que les anciens pour s’en inquiéter. »
« Vous n’aimez pas trop les anciens, non ? »
« Présence humaine désirée, je respecte les anciens autant que n’importe qui, mais je me demande s’il est vraiment sage de leur donner autant de pouvoir. Je le vois bien dans mon commerce : chaque fois qu’il y a une contestation sur le prix, on fait appel à l’arbitrage des anciens, et ils donnent le prix qu’ils ont connu dans leur jeunesse. Ils ne se rendent pas compte que nous avons une guerre sur les bras, une économie en pleine expansion, et… »
A ce moment, Kladaway sort de la foule, court vers moi et me prend contre son flanc.
« Je t’ai cherchée partout. Tu ne souffres pas de tout ce vacarme, Petite Ancienne ? »
Je vois du coin de l’œil le capitaine commercial. Il met sa main devant sa bouche, et sans frottement de queue.

Kladaway parvient à retrouver mon pilote dans je ne sais quel bistrot. Il était temps : les passants commençaient à nous regarder d’un drôle d’œil, Pouliche aux Pattes Fines et moi. Quand une esclave ne travaille visiblement pas, n’importe quel Rith se croit autorisé à la remettre à l’ouvrage à coups de pied. J’ai eu plusieurs fois des incidents à cause de ça. Notre vieux tout-terrain minier se remet en route avec son fracas de ferraille habituel, et cette fois, je l’entends à peine, tant les cris, les chants, les battements de pied et les pétards sont assourdissants.

J’ai dormi comme une pierre, sans rêves. Au réveil, un jeune Rith en uniforme spatial m’attend sur le seuil de ma tente. Il lève ses mains avec respect et me tend un message. Une simple feuille avec l’en-tête officiel de l’Alliance Planétariste.
« La professeure Sara Seynberg est invitée à se rendre auprès du consul de l’Alliance Planétariste sur Irilia-17. Salutations distinguées. Le consul Duchamp. »
Je demande au jeune messager où réside ce consul.
« Présence humaine honorée, il est tout près d’ici, à bord de notre vaisseau, le Soleil d’Emeraude. Il te rencontrera dès que tu le souhaiteras. »
Je vois arriver Kladaway. Elle s’est réveillée bien avant moi, comme toujours, et il a dû lui arriver quelque chose de désagréable. Bien qu’elle s’efforce de cacher ses émotions, je devine à son allure qu’elle est catastrophée. Il faudra que je la questionne quand nous serons seules. Mais elle se réjouit aussitôt que je lui montre mon papier.
« Petite Ancienne, les lunes te favorisent et te font rencontrer des gens de ton clan. As-tu déjà mangé ? Veux-tu y aller tout de suite ? »
Elle ne me propose pas de m’accompagner. Ca ne lui ressemble pas : depuis que je partage la vie de son campement, elle va toujours au-devant de mes demandes. Il faut vraiment qu’il lui arrive quelque chose de grave. Je vais chercher Am’kaz, et son engin me conduit au Soleil d’Emeraude.

Le vaisseau est une de ces grosses navettes-cargos qui transportent un peu de tout, passagers et marchandises, vers les vaisseaux-mères interstellaires. Il est de fabrication Rith, et pas très différent de ses équivalents humains. Un ingénieur verrait tout de suite les différences, mais je suis nulle en mécanique. Par contre, ce qui me saute aux yeux ou plutôt à la gorge, c’est la température glaciale qui règne dans la cabine du consul. J’ai perdu l’habitude de la climatisation humaine, et il y a bien 20° d’écart avec l’extérieur. Le consul me reçoit dans son fauteuil, en robe de chambre, en s’excusant de la médiocrité de l’accueil.
« Pardonnez-moi, mais j’ai un gros rhume ou je ne sais quoi. Ca fait deux jours que je suis ici, et le climat et la nourriture m’ont déjà rendu malade. Vous, vous avez bonne mine. Vous ne devez pas vivre beaucoup avec les Rithai ? Si ? Pardon, c’est un simple détail. Ma maison consulaire est en cours d’aménagement, et je devrais y trouver tout le confort terrien. Vous y passerez quand vous voudrez, si vous avez besoin de meilleurs conditions de vie. En attendant… »
Il prend sur son bureau une liasse de feuilles imprimées, et il passe son doigt sur certains passages.
« Vous savez que vos rapports ont fait du bruit, au centre ? Je ne sais pas trop s’ils vont vous lyncher ou vous élever une statue. En tout cas, vous êtes rappelée. Pas tout de suite, vous recevrez votre ordre de déplacement à la fin du mois. Il paraît que les Rithai d’ici ont élu un Idrimar pour l’envoyer à leur conseil central, la Rithai Kemae, non ? Vous savez quelque chose là-dessus ? Un Idrimar ?»
J’entends à peine ce qu’il me dit. Un ordre de rappel ! Alors que j’ai tant de choses à découvrir sur cette planète, que j’ai noué tant de contacts avec les gens qui y vivent… Je réponds un peu n’importe quoi aux questions du consul, et s’il pense que les Idrimar sont un ballet de danseurs en tutu, c’est son problème. Mais un rappel !

Enfin, le consul me reconduit vers la porte, en déplorant une fois de plus les difficultés de sa tâche.
« Ils m’ont donné un interprète K’rinn, parce qu’il n’y a pas assez d’interprètes en langue Rith. Cet insectoïde ne supporte que la chaleur humide. Il est dans la cabine d’à côté, et quand je dois travailler avec lui, c’est une vraie étuve. Cette mission aura ma peau ! Je ne l’aurais pas acceptée s’il n’y avait pas eu les primes exceptionnelles bonifiées ! »

Je retourne au campement en état de choc. Je demande à Am’kaz d’accélérer, ce qu’il ne fait que trop volontiers. Un mois pour tout vérifier et mettre au net mes données, il va falloir tourner à toute vitesse. Encore dans la voiture, je mets mes écouteurs et je me repasse l’enregistrement d’une fête de mariage Rith. Le consul préfèrerait sans doute les discours de la dernière Guilde, mais tant pis. Tout le temps que je suis en poste, c’est moi qui fixe mes priorités.

Un brutal coup de frein me jette hors de mon siège. Je me heurte le nez contre la barre de soutien. Am’kaz aurait-il écrasé un piéton ? Non : ce sont plusieurs centaines de piétons qui nous barrent la route, et le véhicule a failli les faucher en pleine vitesse. Ils ne s’en formalisent pas, au contraire, tous saluent et s’inclinent avec le plus grand respect. Même les anciens de la tribu se sont déplacés, alors que, d’habitude, ils ne bougent pas facilement de leur coin à palabres. Est-ce ma visite chez le consul qui me vaut ce supplément d’honneurs ? C’est une ancienne qui sert de porte-parole au groupe.
« Présence humaine honorée, l’Emissaire honoré Atmutham a entendu parler des exploits de Petite Ancienne, et il serait fier de recevoir sous sa tente une aussi grande guerrière. »
Grande guerrière ? C’est de moi qu’on parle ? Je soupçonne un énorme malentendu, impossible d’avoir une explication dans ce vacarme, et j’ai vraiment le trac en entrant sous la tente de l’ancien.

Atmutham a toujours sa vieille robe couleur de sable, et son cou pelé s’orne seulement d’un nouvel insigne : un lézard stylisé entre les broches bleue et rose des deux lunes. Il a l’air aussi embarrassé que moi.
« Petite Ancienne, nous avons appris par hasard que tu avais pris d’assaut et capturé un vaisseau pirate. Est-ce vrai ? Nous savons que ton courage, ta science et ta sagesse te rendent capable d’un pareil exploit. »
Ah ! Je vois de quoi il parle. Bien sûr, c’est Am’kaz qui a raconté l’histoire à sa manière, et je me demande combien de mensonges il a inventés. Je ramène l’affaire à ses vraies proportions. En fait, nous avons réussi à saboter un des vaisseaux des pirates, un vieux cargo vermoulu, et ils ont dû partir bredouilles sur leurs vaisseaux légers. C’est sûrement moins héroïque que ce qui était annoncé, et Atmutham hoche la tête avec ce sifflement de langue qui correspond au rire chez les Rithai.
« Petite Ancienne, ta franchise est aussi grande que ta sagesse. Tu as tout de même sauvé les victimes de ces pirates, et tu mérites pour cela les honneurs de notre clan. Je regrette seulement que ton esclave ait joué un rôle dans cette action, alors qu’une esclave ne peut pas gagner de gloire. En tout cas, nous ferons une fête en ton honneur cette nuit. »
Comme je n’ai pas l’air vraiment enthousiaste, il me passe un coup de langue amical sur la joue.
« Tu sais, Petite Ancienne, je n’ai pas demandé à être élu Emissaire honoré. Je n’aurai plus souvent l’occasion d’assister à une fête au milieu des miens. Si tu pouvais être à mon côté ce soir, ce serait une grande satisfaction pour moi. »
Je m’incline. Lui et sa tribu ont tant fait pour moi, et si j’ai l’occasion de leur faire plaisir, ce serait trop égoïste de refuser. J’improvise un compliment flatteur dans le style Irilia, et je sors de la tente.

A la porte, je retrouve Kladaway. Elle m’invite sous sa tente pour prendre le thé, exactement du thé pour moi et, pour elle, un breuvage Rith très amer et très astringent. J’en ai goûté une fois, et ce n’est vraiment pas fait pour des boyaux humains. Kladaway me complimente pour ma nouvelle gloire, mais elle comprend vite que ce sujet me gêne. Avec la courtoisie des Rithai, elle évoque divers sujets anodins, et elle en vient enfin à l’autre sujet du jour : l’élection de l’Emissaire à la Rithai Kemae.
« Je suis satisfaite que la Guilde ait élu notre ancien. Et pas seulement parce qu’il est de notre campement. Il a beaucoup de sagesse, il ne commettra pas les imprudences des jeunes Idrimar trop ambitieux. La seule chose qui me chagrine… »
Elle me regarde de ses grands yeux luisants, elle aplatit ses oreilles et ferme ses paupières avec une expression qui est bien celle de la douleur et du chagrin.
« … La seule chose qui me chagrine, Petite Ancienne, c’est que je vais devoir m’en aller. L’Emissaire honoré m’a choisie comme assistante. Impossible de refuser. »
Avant que j’aie trouvé un mot à répondre, elle ajoute, d’une voix étouffée, mais en langue humaine :
« Notre ancien veut je souwis espasliste les quitsions humaines. La Rithai Kemae il dit besawoin tant et tant relsayons les humains les autres espices sentientes. Il dit je souwis meilleure espasliste. »
Je tombe des nues. Elle parle ma langue avec beaucoup de fautes, certes, mais bien mieux que je ne le soupçonnais. A force de m’aider dans mes traductions et de lire mes notes par-dessus mon épaule, elle en a appris beaucoup plus sur moi que moi sur elle. Une « spécialiste pour les relations avec les humains et autres espèces sentientes », pourquoi pas ? Elle voit mon étonnement et se méprend sur sa cause.
« Je souwis désolée, je parjle humain vraiment très mal… »
Je la prends dans mes bras et je me serre contre son grand corps musclé et velu.
« Kladaway, je suis très heureuse et très fière que tu aies pris la peine d’apprendre ma langue. L’ancien a raison de te faire confiance, tu es faite pour être une grande spécialiste des questions humaines. »
Nous exprimons nos émotions dans notre code gestuel respectif : elle lèche avec sa longue langue l’eau salée qui sort de mes yeux. Nous finissons par nous consoler l’une l’autre, nous parlons un long moment en langue humaine, et je m’aperçois, à ma courte honte, qu’elle a même intégré quelques-uns de mes tics de langage. C’est avec le sourire, ou le mouvement de langue qui est l’équivalent Rith du sourire, qu’elle dit en me quittant:
« Petite Ancienne, te je souwis triste séparée, mais ta confiance pour moi me honneur. Je vais essayer pas faire du tavrail de cochon. »

La semaine, une courte lunaison de la lune gauche, s’écoule à une vitesse incroyable. Je travaille à toute vitesse pour compléter mes notes et mes informations. J’ai parfois l’impression de faire du « tavrail de cochon », j’espère que j’arriverai à m’y retrouver. En même temps, j’apprends à Kladaway tout ce que je peux de langue et de civilisation humaine. Elle a de bonnes bases et elle assimile très vite. Dès que je pourrai, je lui ferai envoyer quelques bons livres de référence à son bureau de la Rithai Kemae, sur Skarae. Je ferai passer la note sur le budget des Sciences Xéniques, ou bien j’emprunterai, peu importe.

Elle me donne aussi tout ce qu’elle peut de conseils de médecine. Elle n’est pas du tout rassurée de nous laisser, moi et les gens de sa tribu, aux soins incompétents de Bodyam’ul. Elle va employer les quelques jours qui lui restent à trouver quelqu’un de plus qualifié. En attendant, elle peste contre sa collègue. « Tavrail de cochon ! Tavrail de cochon ! »

Le cinquième jour, je suis invitée à l’inauguration officielle du consulat de l’Alliance Planétariste sur Irilia-17. La politique est le cadet de mes soucis, mais les relations entre humains et Rithai dépendront largement de bureaucrates comme Duchamp, et je dois faire un effort pour que son installation se passe bien.

Une fois de plus, la Guilde est là au grand complet, l’Emissaire honoré Atmutham en tête. Une nombreuse foule de curieux circule sur les pistes, au milieu des chariots et autres engins de transport. Les haut-parleurs des astroports et des vaisseaux spatiaux sont sans doute ce qu’il y a de moins exotique chez les Rithai. Ils émettent toujours des formules impersonnelles telles que « Le clan Irilia dit… » ou « La compagnie de navigation dit… », sur un ton tellement neutre que je soupçonne une voix de synthèse. Le béton est brûlant : même pour les Rithai, il serait fatigant de circuler sans le tapis de paille humide répandu par les serviteurs de l’astroport. J’arrive dans mon tout-terrain bringuebalant, et, presque au même moment, le consul Duchamp émerge du vaisseau. Je regrette de dire que je suscite beaucoup plus d’acclamations que Son Excellence. Heureusement, Duchamp a d’autres soucis en tête. Il supporte visiblement mal la grosse chaleur, malgré son rafraîchisseur d’air sur le nez. Son interprète K’rinn, son corps chitineux noyé dans l’humidité d’un brumisateur, n’en finit pas de lui traduire les longs discours de la Guilde. J’ai si souvent assisté à de longues cérémonies Rithai, parfois sous des chaleurs encore pires, que je compatis avec Son Excellence. Enfin, il se décide à couper court.
« Excusez-moi, honorables membres de la Guilde, mais il vaudrait mieux continuer cette cérémonie dans les locaux du consulat. »
Les Rithai sont visiblement déçus, mais un invité est sacré, et tant pis s’il manque aux usages. Duchamp prend le temps de s’assurer que tous ses bagages sont bien chargés dans le véhicule. Pas de chance : une de ses valises a disparu, alors qu’elle était à côté de lui tout à l’heure. Le capitaine commercial, plus chamarré que jamais, l’accompagne dans tous les endroits où elle pourrait se trouver. Un chariot a manœuvré à côté de la passerelle, près de l’endroit où se trouvait la valise. On le fouille, et j’aperçois deux silhouettes cachées sous les roues. Duchamp les a vues aussi. Il fait signe à son interprète.
« Ces deux-là ont peut-être vu quelque chose. Pose-leur la question. »
Les deux inconnus cherchent visiblement à se cacher, ils se faufilent aussi loin qu’ils peuvent sous le chariot. D’après ce que j’en vois, ce sont des jeunes, vêtus pauvrement d’un manteau court. Placés dans l’ombre, sur une piste inondée de lumière, je ne peux pas distinguer leurs traits. Pourtant, les autres Rithai ne semblent pas faire attention à eux. J’ai même l’impression qu’ils écartent volontairement le regard. Le capitaine commercial cherche à faire écran entre eux et le consul. Mais celui-ci s’obstine. Il leur crie : « Vous deux, là ! Sous le chariot ! Est-ce que vous avez vu une valise rouge ? »
Un silence de plomb tombe sur la piste. Puis tous les Rithai présents tournent les yeux, non pas vers les deux inconnus, mais vers le consul. Et je devine, à l’expression de leurs visages et de leurs corps, la plus profonde consternation. Depuis que je suis parmi les Rithai, j’ai parfois vu cette expression à des personnes en deuil, ou qui avaient perdu un procès, mais jamais à une foule entière. C’est impressionnant. A côté de moi, un jeune Rith murmure :
« Il a parlé faux. »
D’autres voix répètent, autour de moi, à voix basse :
« Il a parlé faux. L’humain a parlé à personne. »
Alors se déroule une scène incroyable. Des Rithai ramassent sur le béton des poignées de paille presque sèche, et ils y mettent le feu avec leurs briquets. Puis ils jettent la paille, comme au hasard, sans regarder. Mais leurs brandons se concentrent, comme par hasard, dans les parages du chariot et des deux inconnus. Les deux jaillissent de leur cachette et se mettent à courir à toute vitesse sur la piste, en zigzaguant pour éviter la pluie de flammes qui s’abat autour d’eux. C’est une chasse à l’homme ou plutôt au Rith, un grand nombre de Rithai, jeunes et adultes, prennent à leur tour le galop et passent de plus en plus près des deux fugitifs, mais aucun ne fait mine de les voir, et ils font des écarts pour ne pas se trouver sur leur trajectoire. Le manteau d’un des deux inconnus commence à prendre feu, et l’autre le lui arrache du dos en le battant de ses mains pour arrêter les flammes, sans cesser de courir. Ils sont à présent en plein soleil, et je vois que tous deux ont une large marque bleu sombre qui couvre le front et le museau. Toute cette scène se déroule presque en silence, sans autre bruit que le piétinement sourd des poursuivants. La bousculade et la fumée m’empêchent de bien voir, et la poursuite disparaît hors de la piste. Au bout de quelques minutes, je vois les poursuivants revenir vers nous au petit trot, essoufflés et sans parole. Certains ont le poil roussi, mais ils ont tout l’air d’avoir perdu leurs proies.

Pourtant, l’affaire est loin d’être réglée. La foule nerveuse se rassemble autour de Duchamp, toujours collé à son interprète et au capitaine commercial. J’entends des exclamations hostiles : « Faux parleur ! Sans lune ! Pourquoi a-t-il parlé à personne ? » Les Rithai peuvent être terribles quand ils sont en colère, et le consul va être piétiné si je ne fais rien. Je me fraie un chemin vers lui, en frappant de toute la force de mes petits coudes pour écarter les grands corps des Rithai. Je saisis Duchamp par les épaules. Malgré la chaleur, il est livide.
« Honte sur vous ! Est-ce ainsi que vous traitez un invité ? Vous ne voyez pas que cet humain est malade ? Laissez-moi le conduire à sa maison. Si vous avez des reproches à lui faire, vous enverrez un membre de la Guilde pour le questionner chez lui. Voilà la conduite digne des Rithai ! »
Les Rithai s’écartent pour nous laisser passer. J’entends autour de nous quelques échos étouffés :
« Adrim ! Il parle aux Adrim ! Faux parleur ! »
J’emmène Duchamp et son interprète jusqu’à ma voiture, et Am’kaz tire à fond l’accélérateur pour nous conduire au consulat.

La valise finit par se retrouver. Un employé Rith du consulat l’avait simplement prise dans sa poche ventrale et était parti avec. Il avait besoin d’un prétexte pour quitter la cérémonie et aller à je ne sais quelle affaire privée. Duchamp se remet à grand-peine de ses émotions. Heureusement, le bureau est climatisé à mort, et il ne tarde pas à reprendre son teint rouge naturel. Une délégation de la Guilde arrive un peu plus tard. J’explique aux délégués que Duchamp avait la fièvre et qu’il avait parlé sans s’en rendre compte, ce qui arrive parfois aux humains. J’arrive enfin à réduire cette affaire au rang de simple malentendu. Les délégués tiennent à maintenir des bons rapports avec les humains, et ils veulent bien passer l’éponge sur cet incident. Duchamp réussit à demander :
« Pour la cérémonie d’inauguration, est-ce que demain… »
« Pas demain, Présence humaine invitée. Seulement après-demain. »
Ils s’en vont après des salutations froides et brèves, pour une fois. Toute cette affaire a été aussi pénible pour eux que pour nous. Le K’rinn va aussi se reposer dans son bureau à la chaleur moite, et je reste seule avec le consul. Il se dépêche d’ouvrir une bouteille de cognac pour marquer son contentement.
« Je ne sais pas ce que vous leur avez dit, professeure, mais ça a eu l’air de marcher. Vous voulez un verre ? Je me demande bien ce qui leur a pris. Vous comprenez aussi pourquoi ils ne veulent pas d’inauguration demain ? Ils sont tous fous sur cette planète, ou quoi ? Là-bas sur la piste, j’ai bien failli tomber dans les pommes. Je devais être pâle comme un spectre. »
Je m’étrangle en avalant mon cognac. Je tousse, je deviens écarlate, il me faut quelques minutes pour me remettre de ma stupeur. J’ai enfin compris ! J’ai tout de même besoin d’une confirmation. Je demande au consul :
« Quand vous verrez votre employé, vous savez, celui qui est parti sans prévenir… »
« Cet imbécile qui m’a égaré une valise ? »
« Je préfère, oui. Il a fait une faute et il voudra la réparer. Dites-lui d’aller trouver le Déclareur de Dri’h et de l’inviter sous la tente de Petite Ancienne, au campement Pok’kar. »

Une heure plus tard, le Rith en robe noire se présente sous ma tente. Nous échangeons les politesses de circonstance, je le prie de rester avec moi pour le dîner. Une fois mis en confiance, il veut bien répondre à quelques questions. 
« Déclareur, je me rends compte que je parle encore mal la langue des Rithai. »
« Au contraire. J’avais entendu parler de ta sagesse et de ta science, et tu parles presque comme si tu étais née avec six membres. »
« Merci, Déclareur. Pourtant, j’aurais dû comprendre tout de suite. Dri’h est un mot-racine, et si on le conjugue en mode agi, selon les règles de la grammaire, il donne un autre mot.»
Il hoche la tête.
« C’est vrai, il donne un autre mot. Adrim. »
C’est bien ce que je pensais : le Déclareur d’éclipse est le seul Rith à ne pas se dérober quand on lui parle des Adrim.
« Un Adrim est un éclipsé. C’est bien cela, Déclareur ? En plus, je suis ethnologue, et j’aurais dû m’en apercevoir tout de suite. Ce sont des choses que je connais bien en ethnologie humaine. Les craintes, les tabous, les rituels pour se préserver des fantômes. Je ne me trompe pas ? Les Adrim sont considérés comme morts ? »
Le Déclareur penche la tête et triture longuement son bol de nourriture.
« En effet, Présence humaine remplie de sagesse. Les Adrim sont des morts. »
« Ou des gens qui ont été déclarés morts ? Comme ce grand guerrier avec une cicatrice, que j’ai vu dans les champs tout près d’ici ? »
« C’est parfois le cas. Les Adrim habitent entre eux, à l’écart des vivants. Il naît des enfants chez eux, et la plupart ne savent pas depuis combien de générations ils sont Adrim. Ils se cachent pendant la journée, et ils vont la nuit travailler aux champs. Les paysans font semblant de ne rien savoir. Ils déposent de la nourriture, le soir, au bord du champ. D’autres choses, aussi, des vieux vêtements. Ils n’ont plus qu’à revenir pour la récolte. »
« Ces malheureux sont exploités, et ils n’ont même pas le droit de se montrer à la lumière du jour ? »
« Quels malheureux ? Les Adrim n’existent pas, comment pourraient-ils être heureux ou malheureux ? Ce n’est que pendant les nuits d’éclipse lunaire qu’ils peuvent se montrer, pénétrer dans les maisons et faire ce qui leur plait. Pour cette raison, les Rithai redoutent les nuits d’éclipse. On dit aussi que les Adrim enlèvent des enfants. »
Des enfants. Je pense à Pouliche et à ses rites de conjuration avec une torche. Les vivants n’ont pas le droit de voir les spectres, ni de leur parler, mais ils font tout de même des rites protecteurs pour les chasser. Et ce pauvre consul a bien failli être condamné pour un crime qui est l’équivalent Rith de la nécromancie.

Le Déclareur me quitte à la nuit tombée. Il doit rejoindre son poste à l’observatoire. Il me glisse avant de partir :
« Prends garde, petite Ancienne. On dit que celui qui parle aux Adrim risque d’être traité comme un Adrim. »

Je le regarde s’en aller. Je reste un long moment à réfléchir au clair de lune. Puis je me dirige vers les champs. Les Adrim sont déjà au travail. Ils s’éloignent, mais moins vite que l’autre fois. L’un d’eux se laisse même approcher. Il s’appuie sur une béquille, et je reconnais le grand Rith à la cicatrice. Pour la première fois, je me demande si les fantômes ont aussi peur des vivants que l’inverse. Je m’assieds parmi les arbustes, à un endroit invisible depuis le chemin, et je lui demande :
« Adrim, je ne me trompe pas ? C’est bien toi que j’avais vu lors du combat de dragons ? »
Il balaie le sol avec sa queue. C’est le geste habituel pour écarter les scorpions et les branches épineuses, mais c’est aussi une marque de gêne. Il me demande :
« Quand j’étais vivant, les gens de Pok’kar parlaient beaucoup de toi. Ils disaient que tu venais de très loin, et que les tiens faisaient des choses étonnantes. Je n’ai pas pu en entendre beaucoup, et je le regrette. Pourtant, j’ai dit aux jeunes le peu que je savais. Accepterais-tu de leur en dire plus ? »
« Bien sûr. »
Il fait un signe discret de la tête, et deux jeunes, un mâle et une femelle, se glissent vers nous. Ils sont maigres, sales et craintifs, très différents des jeunes nomades hardis que je rencontre d’habitude. La fille a son manteau troué par une large brûlure, c’est sans doute celle que j’ai vue à l’astroport. En les regardant ensemble, je me rends compte que le Rith à la cicatrice a lui aussi le front peint en bleu. Sans doute du même bleu que les deux marques faciales du Déclareur d’éclipse.
« Nous permets-tu de nous asseoir, Présence humaine ? »
« Ce champ est le vôtre autant que le mien. Asseyez-vous et soyez mes invités. »
Ils s’assoient entre les rangées d’arbustes, hors de vue du chemin.
« Crâne-Fendu nous a dit que tu venais d’une autre planète et que tu étais d’une autre espèce. En fait, tu ressembles plus à une gerboise. Es-tu de la même espèce que la gerboise de la Grosse Graine ? »
« Je suis aussi entêtée qu’elle, mais je ne crois pas qu’il y ait d’autre parenté. Voulez-vous que je vous parle de mon espèce ? »
Difficile de résumer toutes les choses que nous nous sommes dites cette nuit-là. Leurs questions sont naïves, mais leurs yeux brillent de curiosité. La lune droite a disparu à l’horizon, et la lune gauche, presque pleine, pâlit déjà, quand je leur demande :
« Que faisiez-vous à l’astroport ? »
Ils hésitent. C’est le Rith à la cicatrice, celui que les autres appellent Crâne-Fendu, qui répond pour eux.
« Moi, je suis un vieil infirme. Que je sois ici ou ailleurs, cela n’a plus beaucoup d’importance. Eux, ils sont jeunes et ils espèrent autre chose. Un vaisseau spatial. »
Je reste bouche bée.
« Vous vouliez embarquer en cachette sur le vaisseau ? »
Les deux jeunes me répondent en même temps, comme s’ils avaient hâte de parler de leur projet incroyablement téméraire.
« Monter. Nous cacher à l’intérieur. Le vaisseau est grand. Il va vers un autre soleil. »
« Pourquoi n’avez-vous pas attendu la nuit de l’éclipse ? »
« Pendant le Dri’h, les vivants se méfient. Les vaisseaux sont verrouillés et personne n’y entre. D’autres Adrim ont déjà essayé. »
« Le voyage est long. Qu’est-ce que vous auriez mangé ? »
« Je ne sais pas encore. Nous voulons partir. Il y aura des restes ou autre chose. »
« Ce vaisseau ne va pas vers les mondes humains. Il va vers Skarae. »
« Nous le savons. A Skarae, on dit qu’il y a les Monts Noirs. Les Adrim libres. »
C’est la première fois que j’en entends parler… ce qui n’a rien de surprenant, vu le peu que je sais des Adrim. A Skarae, il doit y avoir des Adrim depuis des siècles, voire des millénaires. Après tout, quoi d’étonnant si certains de ces exclus ont cherché refuge dans les régions les plus reculées de la planète ? Ces jeunes faméliques m’ont peut-être révélé quelques-uns des secrets les mieux gardés de l’univers Rith.
« Je dois vous quitter. Il va faire jour, et il ne faut pas qu’on nous voie ensemble. Serez-vous encore là la nuit prochaine ? »
« La nuit prochaine, c’est l’éclipse. Nous pouvons entrer dans ta tente et aller où nous voulons, tant que les portes ne sont pas verrouillées. »
« Je vous reverrai, alors. »

Kladaway m’attend, debout sur le chemin. Depuis combien d’heures est-elle là ?
« Que les lunes te soient propices, Kladaway. Je ne t’ai pas vue de la journée. »
« Non. J’ai été auditionner une candidate guérisseuse. Le vaisseau part après-demain, dès que le consul aura terminé son inauguration. Tu ne vas pas te coucher ? »
L’angle de ses dents et de ses oreilles marque l’inquiétude. Elle n’a pas dû nous entendre, et d’ailleurs il est convenu que personne n’entend les Adrim, mais elle se doute avec qui j’étais.
« Je vais dormir, Kladaway. Seulement, je voudrais te demander un service. »
« Quoi donc ? » 
« C’est assez facile, mais cela pourrait te gêner. Si tu n’as pas envie, je n’insisterai pas et je ne t’en voudrai pas. »
« Tu es mon amie. Une amie aide une amie, aussi longtemps qu’il y aura deux lunes. Alors ? »
« Ta cabine est retenue dans le vaisseau ? Oui ? Alors, accepterais-tu de t’y installer la nuit prochaine ? »
«La nuit prochaine ? La nuit de… D’accord. »
« Je t’emmènerai en voiture à l’astroport. C’est un service habituel chez les humains. »
« D’accord. Mes bagages seront prêts, ce sera quand tu voudras. Si nous allions nous coucher ? »

La nuit suivante est une nuit ordinaire, sauf qu’il n’y a personne dans les rues. Je sais que les gens se calfeutrent dans leurs tentes, et que les mères serrent très fort contre elles leurs enfants. Il n’y a personne pour profiter du magnifique clair de lune. Am’kaz a tout juste accepté de nous conduire en voiture, Kladaway et moi. Pour une fois, Pouliche et mon fils de tente sont restés à la maison. Pendant le court trajet, Kladaway évite les sujets sensibles et préfère me parler de la nouvelle guérisseuse.
« Elle est jeune, mais elle connaît son travail. Sa tribu a été très honorée de la mettre à ta disposition, Petite Ancienne. »
Quand nous arrivons à l’astroport, la lune gauche est déjà haute dans le ciel étoilé. Kladaway la surveille du coin de l’œil, même si elle sait aussi bien que moi que ce n’est pas encore l’heure de l’éclipse. Quelques hommes d’équipage sont déjà en train de nous ouvrir la passerelle. Les haut-parleurs, de leur éternelle voix mécaniques, nous annoncent :
« La Compagnie Scintillante des Etoiles vous souhaite la bienvenue à bord du vaisseau Soleil d’Emeraude. Le décollage est prévu pour demain à 16 h 53 mn, heure locale. La Compagnie vous souhaite un bon voyage. »
Je me tourne vers mon amie. J’ai réussi à trouver un emballage-cadeau et je lui tends mon présent d’adieu, un petit livre de poèmes. C’est un de mes rares livres humains qui aient résisté au climat et aux insectes.
« Tu sais, Kladaway, je crois que j’ai compris pourquoi les Rithai se méfient des enregistrements sonores, et pourquoi ils utilisent des voix de synthèse pour les messages à distance. Nous en reparlerons la prochaine fois.»
« La prochaine fois ? »
Toutes les deux, nous savons qu’il n’y aura peut-être pas de prochaine fois. Nous avons la gorge serrée en nous serrant encore une fois dans nos bras. Les deux jeunes Adrim sortent de la voiture derrière nous, et les vivants font semblant de ne pas les voir lorsqu’ils commencent à monter avec nous sur la passerelle. D’ailleurs, il est interdit de voir les morts et il est interdit d’entendre les morts. Et, une nuit d’éclipse, il n’est même pas possible de les chasser par le feu.
« J’espère que ton voyage se passera bien, Kladaway. Tout ce que je te demande, c’est de ne pas laisser les gens d’équipage entrer dans ta cabine. Pendant le voyage, si tu as faim, n’hésite pas à demander un supplément de nourriture, et même plusieurs. Et puis, ce n’est pas la peine d’allumer du feu. Ce n’est pas recommandé sur un vaisseau spatial. »
« Je ne vois pas de quoi tu veux parler. »
Je pense qu’elle le voit très bien, et que l’idée de voyager avec deux Adrim ne l’enthousiasme pas du tout. Mais je sais aussi que je peux compter sur son amitié. Les deux jeunes Adrim se collent à elle pour franchir la porte, et tournent furtivement la tête vers moi avant que le panneau métallique ne se referme. Ils m’adressent un dernier sifflement de la langue.

Enfin, je retourne à pas lents vers la voiture. Am’kaz, qui est pourtant un esprit fort, s’est mis à l’abri sous le capot. L’ombre noire de la planète commence à avaler le mince cercle rosé de la lune gauche. Mais je sais qu’elle en sortira bientôt, plus brillante que jamais. Et les deux jeunes exilés ont une chance de trouver la vie qu’ils rêvent sous d’autres lunes. Et, même si ma mission chez les Rithai tire à sa fin, j’ai un peu avancé dans l’amitié et la compréhension de ce peuple étonnant.

Et je songe que je dois terminer ma note sur les proverbes Rithai. Je n’oublierai pas d’y placer les mots de Crâne-Fendu : « Je suis un caillou vomi du gésier ». Une expression qui convient, pour quelqu’un injustement exclu d’une communauté. Et, pour faire équilibre, j’ajoute cette formule qui figure dans le texte Rith du traité entre Irilia et l’Alliance Planétariste :
« Les planètes des Irilia et les planètes de l’Alliance Planétariste Humaine sont les cailloux d’un même gésier ».


Dim 13 Sep 2009 10:18
Profil
Afficher les messages publiés depuis :  Trier par  
Répondre au sujet   [ 1 message ] 

Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité


Vous ne pouvez pas publier de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas insérer de pièces jointes dans ce forum

Recherche de :
Aller vers :  
cron
Propulsé par phpBB® Forum Software © phpBB Group
Designed by ST Software for PTF.
Traduit en français par Maël Soucaze.