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 03 - Survie en territoire hostile 

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 03 - Survie en territoire hostile 
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Localisation : Dans l'univers
Pourquoi moi ? Pourquoi de tous les membres de mon espèce est-ce que cela a dû tomber sur moi ? Il n'y avait pas de raison à cela ! Tout ce que je demandais, moi, c'était de rester tranquille dans mon coin. Je ne demandais rien et ne dérangeais personne. Tout ce que je voulais moi c'était de continuer à gérer mon petit troupeau de porteurs et de vivre avec eux.
Enfin, tout cela appartenait au passé. Les hauts responsables de tous les domaines avaient décidé d'envoyer un émissaire pour plaider une fois de plus notre volonté pacifiste auprès des autres races de la galaxie. Et paf ! Ils m'avaient désigné.

Pourtant je n'avais rien de bien remarquable. Ma lignée ne prétendait même pas avoir un rapport de près ou de loin avec notre glorieux prophète Chant-Hautain-3. Même si je ne l'avais pas exprimé de façon publique, la seule motivation qui avait justifié ma nomination tenait en ce que personne de sensé ne voudrait y aller. Moi, je ne risquais pas de pouvoir refuser un tel honneur...
M'enfin une telle décision ne se discutait pas. Adieu mon arbre-maison et alors que jamais je n'avais approché un tentacule d'un spatioport je me retrouvais dans un vaisseau spatial. Dire qu'en plus seul un de mes porteurs avait été autorisé, pour des obscures raisons de place. Le pauvre ressentait mon appréhension et j'avais toute les peines du monde à le calmer.
Une fois que le destin commence à s'acharner sur vous, il n'a pas de raison de s'arrêter en si bon chemin.

Ce maudit vaisseau spatial garanti infaillible avait pourtant eu un problème alors qu'il se trouvait en plein saut. Quoi ? Personne n'avait pris la peine de me l'expliquer.
Des pirates nous avaient-ils attaqués ? Des moteurs avaient-ils explosé ?
Tout ce que j'avais compris c'est que c'était grave, très grave. Avec beaucoup de mal, le pilote avait réussi à nous ramener en espace normal pour tenter de maîtriser son navire.
L'équipage avait juste pris la peine de nous mettre moi et mon porteur dans une capsule de sauvetage avant de nous éjecter. Le matelot avait à peine pris le temps de m'expliquer la situation.

- Nous n'avons aucune idée de l'endroit où nous avons émergé. Mais ne vous en faites pas. En tant que diplomate, vous êtes prioritaire pour l'évacuation et nous avons eu de la chance. Il y a une planète habitable pas trop loin, vous n'aurez pas de mal à l'atteindre. Le système automatique est programmé pour vous y amener. Le seuil de civilisation ne donne pas de signes de très grande évolution. Il faudra vous débrouiller, mais cela ne sera pas trop difficile pour un diplomate et ils ont l'air peu agressif. Ne vous inquiétez pas. Un message de détresse a été envoyé. Les secours arriveront bien vite. Alors profitez bien de votre séjour.

Il n'y avait pas à dire ce type avait un sacré sens de l'humour. Sadique ! S'il s'en était sorti, je lui aurais bien ce que j'en pense de son " pas agressif " et " pas difficile ".


- Eh petit ! Qu'est-ce que tu fous à bayer aux corneilles le pif en l'air ! Il est plus que temps d'aller se coucher. Ce n'est pas parce que ce sont les vacances que tu vas découcher.
- Mais papa ! Il y a eu une étoile filante. Juste-là ! Regarde !
Mon index se pointa vers le ciel. Pendant un bref instant une étoile avait brillé et avait plongé vers le sol, accompagnée par des gerbes de feu. Une calotte m'avait frappé sur l'arrière du crâne.
- Ce n'est pas une raison. File au lit. Et laisse ton clébard plein de puces dehors. Un lit, ce n'est pas une place pour ces bestioles.

Cela ne valait même pas le coup de discuter avec mon paternel, quand il était dans cet état. Là, il pérorait devant d'autres adultes rencontrés dans le gîte rural où nous passions ces " vacances en famille ". Comme la nuit avançait, les apéros s'éternisaient.
Pour moi cela tenait plutôt du calvaire, de devoir partager pendant trois semaines, cet endroit, tous entassés mon père, ma mère et ma très chère sœur. Il n'y avait même pas une télé digne de ce nom dans ce bled. Alors ce n'était même pas la peine de parler de jeux vidéos ou même d'internet. Quel coin paumé ! Vive la campagne ! Nous nous trouvions à peine ici depuis une journée et déjà j'aurais voulu que cela soit terminé. Effectuer le tour du lac local, seule attraction du coin, m'avait à peine pris deux heures de marche à pied. Seul le chien avait été content.
Moi, je m'étais ennuyé à mourir. Mon vieux m'engueulait toujours parce que je n'avais ni motivation dans la vie ni aucun projet d'avenir. Quel rabat-joie, j'avais bien encore le temps d'y réfléchir.
Mon pauvre chien cristallisait la haine de ma famille contre lui. Ce n'était pas de sa faute à lui, si ce n'était qu'un animal. Sa taille et sa maladresse ne l'aidait pas à passer inaperçu, d'ailleurs. Un terre-neuve noir de près de quarante kilos a du mal à se fondre dans l'anonymat. Dans un soupir, j'attrapai Ralph par son collier et partis effectuer une petite promenade avec lui afin de procéder au dernier pipi avant d'aller au dodo. Doux comme un agneau le brave toutou me laissa le guider.

Les voix des personnes présentes me parvenaient encore aux oreilles alors que nous nous éloignions tous les deux sous les étoiles.
- … Il paraît qu'il y a une autre race qui veut prendre contact avec nous…
- … Tu veux parler de ces marionnettistes ? De ces vampires de l'espace ?
- … De ces monstres qui contrôlent l'esprit de leur proie ? Oui, c'est même ce qui leur a valu leur surnom.
- … Il n'y a pas une race censée qui veut discuter avec eux.
- … Faudrait mieux leur nucléïser la tronche plutôt que de tenter de parler avec eux… C'est tout ce que ces monstres méritent.

Des rires bien gras suivirent ces déclarations. Il n'y a pas à dire, c'est triste de vieillir. Si c'est cela devenir adulte, de se poivrer tous les soirs, sous le prétexte de se trouver en congés, pourvu que je le devienne le plus tard possible.
D'ailleurs, vu leur manière de parler de ces sujets graves, ils ne comprenaient vraiment rien à rien. La race humaine venait juste de découvrir le moyen d'aller dans l'espace et de sortir de notre petit système solaire. Nous avions jusque-là une dizaine de maigres colonies étalées dans l'espace et nous nous prenions déjà pour les maîtres de l'univers.
Pourtant les symptômes auraient dû nous alerter. Les races extraterrestres que nous avions rencontrées, elles, avaient la capacité depuis bien longtemps de se déplacer dans l'hyper-espace. Nous, nous commencions à peine.
Pour les autres races, nous passions pour des arriérés qui faisions tout juste mumuse dans la boue de notre arrière-cours. Nous arrivions à peine et déjà nous nous retrouvions confrontés à une multitude de races qui avaient appris à vivre ensemble, plus ou moins en paix.
L'événement qui suscitait les discours avinés de mes aînés venait de la dernière rencontre en date. Les journaux en faisaient leurs choux gras, mais ne s'attardaient pas trop sur les détails. Tout ce qui était sûr tenait en quelques mots.
Ceux qui voulaient nous contacter tenaient lieu de parias parmi tous nos voisins spatiaux. Des vampires de l'espace ! Des créatures qui suçaient le suc vital des autres races et qui prenaient le contrôle télépathique de leur proie. Leur technologie se basait même sur des manipulations génétiques.
Breuh ! Des vraies créatures de films d'horreur.
Jusque-là tous nos dirigeants se montraient d'accord là-dessus.
Après, tout le reste tenait plus en de bas racontars. Par exemple, personne n'avait été capable de donner une bonne description de l'aspect de ces monstres. Il y avait même un journal qui avait montré la photo d'un Dracula dans un scaphandre. Du grand n'importe quoi !
Les sommets de la bêtise s'atteignaient sur les discussions sur les motivations de ces marionnettistes. Pourquoi nous avaient-ils contactés ? Voulaient-ils nous envahir et se servir de nous comme de leur garde-manger ? Peut-être même qu'une avant-garde avait déjà commencé à installer des têtes de ponts pour nous anéantir ?
Les poils de mes avant-bras se dressèrent dans un frisson qui ne venait pas que de l'air nocturne qui se refroidissait. Ralph reniflait le sol avec application et me suivait sans se montrer le moins du monde perturbé par mes réflexions. Ce chien ne voyait que le plaisir de se balader. Ma main lâcha le collier pour lui permettre de se dégourdir les pattes.

Les capsules de secours sont censées se poser en douceur. Que l'on m'amène l'abruti qui raconte ces inepties. Ma capsule venait plutôt de se crasher en beauté. Pendant de longs instants après l'impact, mes tentacules avaient été incapables de se déplacer.
Quelle chance que ma constitution se révèle aussi robuste. Une créature plus faible aurait finie en bouillie.
Un malaise m'étreignait. Des impressions floues me parcouraient. Quelque chose d'autre n'allait pas. D'où me venaient ces sensations ?
Un faible geste sous moi attira mon attention sur mon fidèle porteur. La situation m'avait empêché de comprendre tout de suite.
De sa gueule sortait une mousse baveuse et sanguinolente. Son corps ne répondait plus aux ordres. Il se mourrait ! Mon pauvre vieux. Dire que je l'avais choisi pour ce voyage parce que c'était un de mes préférés.
Une décharge électrique parcourut mon épine dorsale. Oups ! Il allait y avoir un gros problème. Qu'allais-je bien pouvoir manger ?
Avant qu'il ne puisse plus se déplacer, j'exigeai un dernier effort de la part de mon compagnon. J'avais besoin d'aller explorer le territoire où mes tentacules venaient de me propulser.
Chacun de ses gestes m'envoyaient un signal de douleur. Aucun contrôle ne parvenait à le soulager. Malgré tout, le pauvre animal ne se révoltait pas. Une pointe de fierté me titillait malgré la situation. Il n'y avait pas de doute, mon élevage de porteurs était bien le meilleur !
Tout d'abord nous devions sortir de ce cercueil et espérer que l'atmosphère se révèle respirable. C'était le cas. Du moins cela n'achevait pas mon hôte. A moins que ces organes sensoriels soient déjà hors d'état, nous nous trouvions en pleine nuit. Les étoiles brillaient dans le ciel. Après m'être propulsé entre les étoiles à une vitesse proche de celle de la pensée, là, je me traînais sur le dos d'un animal agonisant
L'avenir ne s'annonçait pas sous ses meilleurs auspices. Prophète ! Guide-moi !
Permet-moi de trouver vite un nouveau porteur !


Une odeur de brûlé montait au loin. Il y avait vraiment des forcenés du barbecue qui ne savait pas s'arrêter. Ceux-là avaient trop forcé sur la cuisson. Cela sentait vraiment trop mauvais.
Ralph arrêta net de gambader et se mit à grogner.
- N'aboie pas. Sinon, nous allons encore nous faire engueuler. Qu'est-ce que tu as trouvé de beau ? Un hérisson ? Une grenouille ?
Cela ne m'enthousiasmait pas d'aller voir, mais, il n'y avait pas trop le choix. Dans ce coin, il y avait une foule de bestioles qui traînaient, ce n'était pas comme en ville. Si mon chien ramenait une saloperie, j'allais encore recevoir une engueulade carabinée.
Autant tuer le problème dans l'œuf avant qu'il ne devienne trop grave.
Ralph tournicotait autours d'une carcasse de la taille d'un petit mouton. L'animal dans l'obscurité ne m'apparaissait pas très en forme. Il ne remuait même pas alors que le chien le frôlait avec insistance.
- Ralph ! Laisse cette saleté !
Bien sûr, cet abruti de chien ne m'écoutait pas. Il n'allait quand même pas se rouler sur une carcasse en train de se décomposer ? Oh que si ! Il en était bien capable. Ce bestiau n'adorait rien de plus que de se rouler dans un truc qui puait bien. Je me rapprochai pour limiter les dégâts et tentai de l'attraper par son collier.
Le cadavre se redressa dans un spasme et sa gueule s'ouvrit sur une rangée de dents. Sous la surprise nous bondîmes Ralph et moi en arrière. L'animal poussa un long râle et s'écroula sur le sol où il ne remua plus.
Mon cœur battait à se rompre dans ma poitrine. Je m'approchai et avec une branche je titillai le corps. Il ne vivait plus.
- La vache ! Celui-là il a su soigner son départ !
Avec toute l'inconsistance des chiens, Ralph ne s'intéressait plus à son ancien jouet. Il promenait sa truffe dans l'herbe. Un autre truc se trouvait dans le coin qui l'intéressait bien plus.
D'un coup le chien se figea et poussa un cri étrange.
- Ralph ! Qu'est-ce qui t'arrive ?
Tout son corps se mit à frissonner. Un animal étrange se trouvait sur sa nuque. Cela ressemblait à une petite raie. Deux longues antennes dépassaient de ce qui lui servait de tête. Qu'est-ce que c'était que ce truc ?
Ralph cessa de frissonner et s'étala sur le sol. Après presque une minute il se releva et se tourna vers moi. Sa patte arrière droite se leva et un jet d'urine arrosa les environs. Ses gestes et son regard trahissaient une volonté bien différente de celle d'un simple chien.
Ma voix trembla et ma main droite se tendit vers lui.
- Gentil, Ralph.

La chance revenait enfin avec la venue de cette créature juste au bon moment. Passer dessus n'avait pas représenté de difficulté particulière. La taille correspondait à peu près à mes besoins. Le système nerveux n'avait rien de bien compliqué en revanche il permettait les réactions les plus basiques. Le contrôle ne se révélait pas trop compliqué.
Le sang n'avait pas un goût habituel, mais avait un bouquet exotique.
Un tour complet des capacités de mon nouveau porteur s'imposait.
Les capacités de manipulation n'avaient rien non plus de bien exceptionnel. Ses pattes servaient juste à se déplacer et gratter de façon maladroite. Pour saisir ou manipuler, le plus pratique restait l'orifice qui lui servait à se nourrir.
Ah ! Je venais de tomber sur un porteur visuellement déficient. La perception des couleurs se limitait au noir et blanc et la portée visuelle se révélait bien inférieure à celle dont j'avais l'habitude. Pour compenser, les sens olfactif et auditif atteignaient de très bonnes performances. Pas si mal.
Un signal d'alerte dans le corps de mon hôte m'avertit qu'il fallait procéder à une purge partielle du système. J'y remédiai et me rendis compte qu'une autre créature de format bipède m'observait.
La mémoire de mon porteur m'apprit qu'il s'agissait de son Maître. Cet être me tendit un membre prolongé de cinq tentacules bien rigides et émettait des sons étranges. Le son résonnait comme la désignation sémantique de mon porteur. L'heure du premier contact était venue. Ma formation de diplomate me permit d'identifier assez vite la langue. Une de celles utilisées par la race qui se désignait elle-même par le terme humain.


- Ralph ? Qu'est-ce qui t'arrive mon gros ?
Le chien se dirigea à pas lents vers moi. Du truc plat qu'il avait sur le dos sorti une voix étrange.
- Salutation ! Je suis venue en paix. Avant toute chose pour pouvoir discuter en toute tranquillité accepteriez-vous un contact direct ? Cela simplifiera la communication. Je vous fais le serment solennel de ne pas essayer de vous contrôler.
Entendre cette chose parler me figea net. La créature me tendit une de ses antennes et l'agita dans ma direction. Avec beaucoup de douceur, elle finit par la poser dans ma main tendue. Un picotement me chatouilla la paume et une voix résonna dans ma tête.
- Hello ? Hello? Vous m'entendez ?
Un crachouillis sortit de ma gorge.
- Hello ? Oui je vous entends. C'est quoi ce gag ? Qui… qu'est-ce que vous êtes ?
- Ah ! Heureux de voir que nous arrivons à nous comprendre. Tout d'abord je tiens à vous présenter mes excuses pour utiliser votre familier ainsi sans votre permission, mais c'est un cas d'urgence. Si vous me permettez de vous expliquez…

Là, la voix partit sur un long discours pour me raconter comment cette chose avait atterri ici. Une bonne partie de son blabla me passait au-dessus de la tête. Seuls quelques mots parvenaient vraiment à faire tilt dans mon cerveau. C'était un extraterrestre, un vrai ! Toute à la joie de comprendre que je venais de tomber sur mon premier alien, l'autre point important manqua de m'échapper. Je me trouvais être le premier humain à voir de ses yeux un marionnettiste. Un de ces fameux vampires de l'espace ! Cela ne pouvait être que l'un d'eux. L'aspect des autres races était connu de tous. Et celui-là venait de s'excuser de posséder mon chien ! Cette constatation manqua de liquéfier mes entrailles.

Mon tentacule me permit d'engager un contact direct avec la conscience de la créature bipède. Je projetais des images dans son cerveau et il me répondait de même sans trop filtrer ses pensées ni ses émotions. Cela tenait limite de l'impolitesse d'aussi peu se contrôler.
Cette chose consciente recevait aussi mes explications avec un niveau de concentration assez faible. Comment une espèce comme celle-là avait-elle réussi à voyager dans l'espace ?
Au bout d'un moment, l'explication surgit. J'avais affaire à un jeune ! Au moins il n'avait pas le comportement d'un Sshaad immature. Il ne m'avait pas attaqué sans aucune raison.
Certaines de ses projections me stupéfiaient. Quand je lui appris le nom de ma race, il me renvoya la vision d'un bipède comme lui avec des crocs saillants, avec une espèce de grande aile noire dans le dos. Le lien avec moi ou mon espèce ne m'apparaissait pas très clair, d'un point de vue diplomatique, partir sur un mal entendu n'avait rien de bien sain, mais bon. Il y avait un point positif, il n'y avait pas de réaction violente à mon égard. Genre essayer de me taper dessus avec un bâton ou tout autre objet contondant.
Plusieurs choses l'angoissaient.
Tout d'abord la vision d'une invasion de sa planète par mon espèce. Mon aspect et mes discours le convainquirent assez vite de ma bonne foi. Ses notions d'avant-garde d'invasion ne collaient pas à sa vision de ma petite personne. Devais-je m'en offusquer ou pas ? En tout cas nos échanges sur ce sujet l'amusaient de plus en plus, une fois ses craintes levées. L'horrible invasion de raies miniatures manquait de lui provoquer un fou-rire à chaque fois qu'il y pensait. Ah ! Si tous les individus montraient cette fraicheur dans leurs échanges, l'univers se révèlerait bien plus paisible.
En fait ce qui le dérangeait le plus, concernait le bien-être de son chien, mon hôte. Ce petit gars me plaisait de plus en plus. Il palpa avec attention son toutou et vérifia qu'il allait bien. L'instant arrivait de prendre un risque majeur dans cet environnement hostile. J'avais besoin de lui et pour prouver une bonne fois pour toute que Ralph ne souffrait pas de ma présence, je m'en décrochai et me posai à l'écart.
Si jamais mes deux nouveaux amis décidaient de prendre le large et de m'abandonner, mon espérance de survie approcherait le zéro absolu. Après ce qui me sembla une éternité, des mains me touchèrent et me reconnectèrent sur Ralph et l'esprit de mon nouvel ami.
- Au fait tu ne m'as pas demandé une chose importante… Si je pouvais ou non prendre ton contrôle.
A son sursaut, il n'avait même pas pensé à sa propre sécurité. Ma remarque lui permit une fois de plus de le convaincre de ma sincérité. Alors j'embrayais sur un laïus sur notre éthique de ne pas prendre comme hôte des êtres sapiens. Les longs discours le barbaient, alors j'abrégeai.


- Au fait comment t'appelles-tu ? Moi c'est Alain.

Sa question me dérangea. Je lui répondis de m'appeler Ralph ou Ralph2 pour simplifier. En effet ma présence ici devait passer inaperçu le plus longtemps possible et de plus la signification de mon nom ne lui apporterait rien.
Un autre sujet me tracassait. Celui du sort de mon précédent porteur. Le laisser dans les environs ne me plaisait pas. Cela augmentait les chances d'attirer l'attention. Alain haussa les épaules.
- Bah ! Dans le coin, il doit y avoir plein de bestioles qui vont nettoyer la carcasse. Après tout c'est la cambrousse.
Quelle ignominie ! Il y avait des mangeurs de charogne. Ses pensées m'apprirent que mon nouvel ami lui-même en était un. Un sursaut d'horreur me parcourut.


La réaction de Ralph2 m'amusa beaucoup. Le vampire s'indignait de mon régime alimentaire. Au passage je lui appris que Ralph, lui, adorait la viande. La raie manqua de s'en évanouir d'horreur. A quoi s'attendait-il ? A un joyeux herbivore ? Comment un individu aussi doux arrivait-il lui à survivre dans l'univers ?
Son souci d'anonymat m'embêtait. A quoi bon avoir un ami extraterrestre s'il n'y avait pas la possibilité de le clamer à la face du monde ? Enfin, dommage.
Ralph2 sur le dos de Ralph ne se rendait pas compte à quel point sa présence surprenait. Une raie accrochée sur le dos d'un chien ! Avec ses deux tentacules qui se baladaient de-ci de-là ! Il y avait mieux pour la discrétion. Il n'avait pas trop l'air de s'en rendre compte.
Un coup d'œil sur ma montre m'apprit que la petite balade avait pris bien trop de temps et que j'avais toutes les chances de me faire attraper à mon retour. Nous rentrâmes à toutes jambes au gite.
Arrivés à proximité, nous ralentîmes pour faire le moins de bruit possible. D'un geste, j'indiquai à Ralph2 de rester dehors et de se planquer. Dans la chambre ne se trouvait personne pour le moment. Quelle bande d'hypocrites ! Ils voulaient m'envoyer au lit alors qu'eux s'amusaient toujours. Enfin, cela arrangeait bien mes affaires. Je me précipitai sur mon sac et farfouillai dedans avec rage. Pourvu que je ne l'aie pas oublié ! Ouf ! Je l'avais bien pris. Je le saisis et sortis. Le chien me regarda approcher avec intérêt. Sa truffe renifla avec attention, mais sans trop comprendre. Je lui passai alors le bandana avec des têtes de mort autour du cou.
- Avec cela sur le dos, tu vas être le plus beau et cela te protégera bien !
- En plus, tu lui parles maintenant à ton sac à puces !
La voix sarcastique de ma chère sœur dans mon dos me glaça les sangs. Je ne l'avais pas entendu arriver cette sale peste ! Ralph2 comprit à quoi servait ma manipulation et se recroquevilla sous le tissu et y dissimila ses tentacules. Plus rien de son corps ne dépassait. Le camouflage fonctionnait à la perfection. C'était de la chance qu'il soit aussi petit sur ce gros terre-neuve.
Ma voix trembla à peine lorsque je répondis à la huitième plaie d'Égypte.
- Ben quoi, cela lui va bien, non ? Tu es experte en esthétique maintenant ? Et puis de quoi tu te mêles ? Ce ne sont pas tes oignons !
- Oh ! Comme il le chouchoute son gros bébé qui perd ses poils partout ! Comme c'est mignon !
Et vlan ! Une bonne grosse prise de bec avec ma frangine s'enclencha. Dans un sens cela m'arrangeait bien que la psychologie de la grosse soit aussi nulle. Là, j'avais changé de sujet sans qu'elle ne s'en rende compte. Il n'y avait pas à dire ! I'm the best !
Attirés par notre barouf, les parents rappliquèrent et nous assaisonnèrent tous les deux avec le résultat standard. Au pieu tout le monde ! Quel manque d'imagination les vioques ! Ralph en profita pour prendre la fille de l'air pour la nuit.
Coincé entre le père, la mère et la grosse, il n'y avait plus moyen de sortir avant le matin. Comment mon nouveau copain allait-il s'occuper ? Pour une fois, je m'endormis avec un léger sourire aux lèvres. Quoiqu'il se passe demain, nous allions bien nous amuser.

Le jeune humain resta avec le reste de sa famille et je repartis m'occuper de la dépouille de mon pauvre porteur. Ralp salivait alors qu'il tractait le cadavre dans sa gueule. Cela me rappela son régime alimentaire. Beurk ! J'allais devoir lui permettre de se nourrir afin qu'il reste en bonne forme. En revanche la structure génétique de mon précédent porteur m'inspirait quelques doutes sur la compatibilité avec ses besoins énergétiques. Trop extraterrestre ! Il allait falloir que nous trouvions mieux à manger que cette dépouille.
Par chance, le chien obéissait bien. Il avait un bon fond, le bestiau. Nous allâmes nous débarrasser du corps et retournâmes trouver des croquettes avant d'aller piquer un petit roupillon.


Le petit déjeuner à peine avalé, je filai rejoindre les Ralph pour décider du programme de la journée. Mon sourire se fana assez vite lorsque la raie m'annonça que des équipes de secours allaient bientôt venir la récupérer. L'extraterrestre me remonta le moral et me dit que cela prendrait bien le temps des vacances avant qu'ils ne daignent montrer le bout de leurs tentacules. Nous avions bien le temps de nous amuser !
Le temps filait très vite, alors nous nous dépêchâmes d'aller en profiter. Ralph2 m'indiqua que le chien avait une envie folle d'aller se tremper dans le lac. Tu m'étonnes ! Un terre-neuve, dès qu'il y a un peu d'eau cela s'éclate comme une bête. Nous passâmes presque tout notre temps à chahuter et nous éclabousser sans interruption.
Les adultes ne se souciaient pas de nous et continuaient à discourir sur les redoutables vampires de l'espace. Certains fanfaronnaient et prétendaient que si l'un d'eux osait montrer le bout de son nez, ils n'hésiteraient pas une seule seconde à lui éclater la tronche.
Ah ! Les ploucs ! Ils ne se doutaient de rien.
Ralph2 écoutait avec un peu de froideur et un poil d'amusement. Il me marmonnait à l'occasion un truc sur les difficultés de la survie en milieu hostile. Mais cela ne le tracassait pas plus que cela.
Lors de nos rares moments où nous ne nous remuions pas comme des fous, nous papotions et nous nous racontions ce qui se passait sur nos mondes respectifs. Sa vision sur le reste de l'univers me fascinait. Cela me donnait envie d'en savoir toujours plus.
Un soir alors que nous contemplions le ciel, une étoile filante déchira le ciel. Une rumeur circula. Une expédition venait de se poser pas très loin d'ici. Cela provoqua un début de panique et d'excitation. Mais cela retomba bien vite. Les autorités avaient annoncé que c'était juste une erreur de trajectoire et que ce n'était qu'une navette bien ordinaire qui avait raté son aéroport. Ralph2 et moi nous nous doutions bien de la sombre réalité.
La raie l'énonça.

- Alain. Ils sont là. Ils viennent me récupérer. C'est le moment des adieux.

Des larmes me montèrent aux yeux. J'avais dû me ramasser une saloperie de saleté dans les yeux.
- Euh ! Est-ce que tu veux partir avec Ralph ? De toute façon mes parents ne l'aiment pas et moi je suis sûr que tu t'en occuperas bien.
Un silence suivit.

- Non, ce n'est pas une très bonne idée. Chez moi, il se retrouvera tout seul, loin de tout ce qu'il connait, dans un milieu hostile. Comme moi ici. Même si grâce à toi tout se termine bien.

Des bruits montèrent dans les fourrés.

- Ils sont là. Je les rejoins et te renvoies ton Ralph. Ils sont venus avec un porteur de remplacement, donc ne t'inquiète pas. Dis, est-ce que je peux garder le bandana ?

Je hochais la tête et lui adressai un au-revoir de la main. Tous les deux s'éloignèrent et le chien revint tout seul et sans le foulard. Toute cette aventure ne l'avait pas du tout éprouvé. Un éclair remonta dans le ciel. Mes yeux suivirent son éclat.
Qu'est-ce qu'il y avait là-haut ? Tout ceci m'avait enfin permis de trouver ma motivation et de comprendre ce que je voulais faire de ma vie. Je voulais aller dans l'espace et découvrir tous ces nouveaux mondes et peut-être même un jour aller dire un petit bonjour au monde de Ralph2.

Mes compagnons m'accueillirent comme un héros. J'eus un mal de chien à leur faire comprendre que je me portais bien. Ils s'attendaient tous à ne retrouver que mon cadavre ou au mieux que je sois très affaibli. Ma survie chez les barbares terriens les surprenait.
Au bout d'un moment ils me laissèrent avec mes pensées.
Cela me laissait trop de temps pour moi. Sacrée planète et sacrés habitants. Qu'est-ce que cette race immature et encore toute fofolle allait bien donner dans le futur ? Bah ! Nous le découvririons bien, tôt ou tard. Il n'y avait pas trop de soucis à se faire pour eux.
Une fois mon ambassade terminée, moi je m'attèlerai à un nouveau projet. J'avais conservé quelques échantillons du sang de Ralph. Avec quelques petites modifications, sa race allait nous donner de nouveaux superbes spécimens de porteurs.


Dernière édition par mutos le Mar 22 Sep 2009 04:26, édité 2 fois.

Paragraphes en italiques



Dim 13 Sep 2009 09:57
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Celui là je l'ai trouvé très frais (un peu normal avec un héros adolescent).

Le passage d'un narrateur à l'autre est très bon. Au début je pensais que le flou laissé pour passer d'un narrateur à l'autre était une faute de style mais très vite on se sent emphatique avec le marionnettiste. Erreur ou pas c'est très bon.

Le style enfantin sert très bien la nouvelle, ça pourrait frapper les plus jeunes (je penserais même à le mettre en première position dans le recueil, c'est une bonne approche de l'univers, et contrairement au deux premier il montre que les plus grandes aventures sont souvent les plus simples).

_________________
"L'imagination est plus forte que la science"
Albert Einstein
"un dé pour les dominer tous
un dé pour les unir
un dé pour les rassembler tous
et sur les tables, les faire jouer!"


Sam 19 Sep 2009 18:31
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Bonjour Soulnight,


Oui sur le fond, on a 2 nouvelles plutôt guerrières (Perséphone, Charybde et Scylla), 7 d'essence ethnologique (le cycle des Irilia), 1 sur les coulisses de la politique (Opération Pollinisation) et celle-ci qui se démarque par son ton plus frais et gamin.

Je ne sais pas, commencer par celle-là ou finir par celle-là ? L'impression initiale ou bien celle finale que laissera le recueil ?

_________________
@+

Benoît 'Mutos' ROBIN

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Dim 20 Sep 2009 04:42
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Inscription : Dim 2 Août 2009 11:28
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Localisation : Spatien
Etre ou ne pas être ^^

C'est vrai qu'une impression de fin ça marche aussi, mais la dilemme...

_________________
"L'imagination est plus forte que la science"
Albert Einstein
"un dé pour les dominer tous
un dé pour les unir
un dé pour les rassembler tous
et sur les tables, les faire jouer!"


Dim 20 Sep 2009 13:37
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Inscription : Mer 19 Mai 2004 10:14
Message(s) : 711
Localisation : entre angers et saumur...
Je l'ai vraiment trouvée à mon gout, cette nouvelle là :)
sympa comme tout, avec un brin d'ironie à la fin...

(ah une question soulevée... les porteurs ne mangent pas d'autres êtres eux aussi ?)


Dim 20 Sep 2009 17:07
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Inscription : Sam 2 Mai 2009 21:16
Message(s) : 527
J'ai beaucoup aimé aussi le côté conte enfantin. Seulement, un lecteur qui commencerait par là se ferait une fausse idée de l'univers Hoshikaze, qui est, pour le moment, un univers plutôt dur et conflictuel. Pour des raisons de chronologie spatiale, je pensais plutôt à le mettre après le cycle Irilia.


Lun 21 Sep 2009 19:38
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Inscription : Lun 17 Mai 2004 11:13
Message(s) : 3131
Localisation : Près de Paris
Bonjour à tous,


Soulnight : et tu as perçu les transitions sans problèmes, même avant que, sur demande de l'auteur, je remette les italiques que j'avais zappé en transférant le texte !

Gelweo, certains porteurs sont des carnivores, mais pour des raisons éthiques, les Marionnettistes évitent.

_________________
@+

Benoît 'Mutos' ROBIN

"Si ce message n'est pas édité au moins 3 fois, attendez un peu, il n'est pas fini !"


Mar 22 Sep 2009 04:36
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