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 02 - Le dernier vol du Perséphone 

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 02 - Le dernier vol du Perséphone 
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Localisation : Bretagne
1.Il y a quelques minutes …

Les alarmes n'avaient jamais servi depuis la mise en place opérationnelle de la station de défense orbitale. La colonie minière de Tempest n'avait d'ailleurs jamais réellement compris pourquoi le Conseil des Forteresses leur imposait un dispositif si lourd à maintenir. Perdu sur un planétoïde désolé autour d'une géante gazeuse, Tempest n'en retirait que des métaux non précieux. Qui aurait pu y trouver un quelconque intérêt ? A peine trois cent personnes au sol et deux pigeons de service astreints à bord de la station LRS, « Long Range Surveillor ». Il semblerait pourtant qu'en ce jour anodin, un vaisseau inconnu soit en approche.
- Bob ? Bouge ton cul et ramène-toi sur la passerelle !

Diego Agusto n'en menait pas large. Le jeune homme de dix-sept ans en était à sa première vacation à bord de la station. Il ne connaissait pas grand chose de ses rouages, ni même vraiment à quoi tout ce bazar pouvait bien servir. Bob Jarvis était censé lui enseigner tout ça, lui qui n'était pas loin de la quille. Mais depuis dix jours, l'ancien n'était occupé qu'à descendre des litres de whisky frelaté et à se passer des pornos en boucle via son interface neurale.
- Bordel, Diego, qu'est-ce t'as foutu ? s'emporta le mécano ventru, en se pointant à moitié rhabillé.
- Mais rien, j'te jure, rien. Ça s'est mis à gueuler de partout, comme ça, tout seul !
- Bon dieu d'bon dieu, c'est les balises externes qui ont détecté quelque chose.

Avec scepticisme, le vieil homme frottait sa barbe dure, poivre et sel, sans comprendre ce qui se passait. Le dernier cargo à avoir quitté Tempest était celui qui les avait lâchés sur la station. Il ne devait pas revenir avant trois semaines. Et rien d'autre ne rendait jamais visite à la colonie minière. Juste Ron, son vieux cargo et sa soute, dont une partie avait illégalement été transformée en tripot avec alcool, jeux, drogues et même quelques filles.
- On attend personne, hein ? demanda quand même Bob Jarvis, pour le principe.
- Ben, non, tu le sais bien.
- Ouais, reprit le vieux déçu, en s'asseyant derrière un pupitre. Bon, voyons ça.

Le mécano attrapa un pad sur lequel avaient été enregistrées les commandes de base. Il enfila son casque neural et, pendant quelques secondes, la projection fut emplie d'icônes de toutes formes et couleurs. En tâtonnant, Bob finit par trouver la bonne séquence. Enfin, sirènes et gyrophares se turent. Les deux hommes poussèrent un soupir de soulagement.
- Y a pas à dire, le silence, ça a du bon, se permit de plaisanter Diego Agusto.
S'il espérait un sourire de son aîné, l'adolescent en fut pour ses frais. Bob, hébété, avait son regard rivé son écran de contrôle et une expression d'incrédulité se peignit sur son visage.
- Quelque chose qui cloche ? tenta Diego.
- Un peu mon neveu ! La station a repéré un mouvement en périphérie du système, au point de saut de GJ 1093. Un navire vient de le franchir et il nous arrive droit dessus !
- Quoi ? T'es sûr ?
- C'est pas moi qui suis sûr, c'est ce que cette machine me dit ! Regarde si tu te crois plus malin !

Diego se pencha par dessus l'épaule du vieil homme et ne put que constater l'évidence. Un vaisseau avait franchi le cordon des balises. D'après ce que l'ordinateur de la station analysait, il allait bougrement vite. Trop même pour freiner...
- Il sera là dans combien de temps ? demanda l'adolescent.
- Mais c'est pas vrai, tu réfléchis des fois ? Les signaux d'alertes sont cryptés en lumière et expédiés à la vitesse de celle-ci. Okay, ça tu imprimes ?
- Ouais et alors ?
- Ce bon dieu de vaisseau nous tombe dessus en ne ralentissant quasiment pas ! Il est toujours à soixante pour cent de la vitesse lumière. Alors, p'tit génie, si les balises sont à une heure-lumière d'ici, il est où ce navire ?
- Oh merde...
- Comme tu dis ! Dépêche-toi de prévenir la surface qu'on a de la visite. D'un style inattendu...
Sur l'écran principal, une nouvelle alerte clignota. L'ordinateur de bord venait d'identifier le transpondeur comme étant celui de l'EDSE Perséphone, disparu sans laisser de trace en 2127.

2.Il y a cent-vingt trois ans...

Le colonel Youri Gorgov arpentait nerveusement la salle de pilotage. Les scientifiques étaient effrayés et lui aussi. Cependant, il ne pouvait pas se laisser submerger : techniquement, c'était lui le patron à bord de l'European Deep Space Explorer – Perséphone. Les militaires étaient peu nombreux mais ce vaisseau était bien le leur, il appartenait à la division Explorastro de la vieille Europe, pas à une quelconque Policorpo ou à un institut de recherche. Mais là, ce qui se passait au dehors était bien au-delà de sa compréhension et Gorgov avait horreur de ça. Franck O'Donnell avait bien tenté de lui fournir des explications mais ce pédant professeur américain ne savait s'exprimer qu'en des termes trop techniques pour des non-initiés.

Le Perséphone était perdu.

C'était tout ce qu'il avait retenu. Le verdict d'O'Donnell était sans équivoque : ils allaient tous mourir. Tout ça pour avoir voulu étudier d'un peu trop près une sorte d'orage électromagnétique au point de confluence des forces gravitationnelles des trois étoiles de ce système.
- Général ? appela le lieutenant Dicarlo. Nos distorseurs sont au bord de la rupture. Les pressions sur la structure externe de la coque sont infernales. Le Perséphone va être déchiqueté.
Au moins, l'Italien ne cédait pas à la panique et cette qualité faisait de lui un homme respecté à bord. Cela en plus d'un courage qui forçait l'admiration et d'une intelligence rare. Un excellent second.
- Lieutenant, si vous avez une idée, c'est le bon moment pour l'exposer, lui proposa alors Gorgov.

L'Italien prit conscience du poids des regards qui convergeaient soudain sur lui. Fabio Dicarlo n'en avait cure : il en fallait bien plus pour l'émouvoir. Habitué aux situations délicates, il était avant tout un homme de terrain. Une carrière d'officier supérieur lui avait été promise mais il s'y serait senti à l'étroit. Les prises de décision difficiles ne lui faisaient pas peur.
- Lâchons les chevaux, mon général. Perdu pour perdu, pourquoi ne pas tenter le diable ?
- Mais vous êtes devenu fou ? couina O'Donnell. On n'a aucune chance là-dedans.
- Bah, rétorqua Dicarlo, de toute manière, on n'arrivera pas à s'extraire de ce puits de gravité, les nacelles vont être arrachées d'un instant à l'autre et nos moteurs vont rendre l'âme.
Le général Gorgov jaugea du regard les officiers et les quelques civils présents. Ces derniers ne seraient d'aucune aide et même les militaires paraissaient fatalistes.
- Parfait ! Lieutenant : mettez le cap sur le vortex de ces marées gravitationnelles. Allons découvrir ce qu'il y a de l'autre côté ! lança Gorgov avec une mine sombre qui contrastait avec le ton optimiste de sa formulation.

3.Il y a cent-deux ans...

La mystérieuse base se détaillait peu à peu sur les écrans de surveillance. Le Perséphone s'en approchait à une vitesse désespérante.

Cela faisait plus de vingt ans que le vaisseau se trainait à des accélérations de 0,1g... sans toujours les atteindre. Si le saut à travers le vortex n'avait duré qu'une grosse heure, il ne s'était pas déroulé sans casse. Le Perséphone avait souffert de multiples avaries dont beaucoup avaient été classées en critiques. Les survivants de la traversée du maelström magnéto-gravitationnel ne s'en plaignirent pas trop : ils s'étaient vu morts... et ne furent pas loin de tous l'être. Ballotés par les forces titanesque du vortex, même les plus vaillants avaient vu leur courage mit à rude épreuve.

Le retour en espace normal leur avait fait découvrir une zone spatiale inconnue. De nombreux relevées furent nécessaires avant de comprendre qu'ils se trouvaient désormais à 74 années lumière de la Terre. L'état du Perséphone était tel qu'il fallut de nombreux mois avant même de pouvoir remettre les moteurs en marche. Mais pour quelle destination ?

De leur point de résurgence, trois systèmes étaient atteignables dans un délai raisonnable. Toutefois, pour qu'une solution à leurs problèmes d'air, d'eau et d'énergie soit envisageable, il fallait rapidement trouver des matières premières. L'équipage fit confiance à la chance en jetant leur dévolu sur le système stellaire le plus proche, celui qui semblait disposer du plus de planètes. Par saut de puce, il fallut entre quatre et huit mois pour visiter chacune des dix planètes. Si aucune civilisation ne s'y était développé, les humains purent au moins se réapprovisionner et faire de vitales mais acrobatiques réparations. En tout, la traversée de ce premier système prit sept longues années. L'incessante activité nécessaire au maintien en état du Perséphone avait mobilisé tous les hommes, procurant à celui-ci un calme relatif, un but commun. Il en fut tout autrement du voyage qui mena le vaisseau à la seconde étoile, distante de quatre années lumière. En sacrifiant les dernières possibilités d'accélération, le vaisseau ne réussit qu'à atteindre trente pour cent de la vitesse de la lumière. Le voyage dura douze années. Douze terribles années dans des conditions de survie atroce. Seule la discipline de fer imposée par Gorgov et Dicarlo permit au Perséphone de disposer encore d'un équipage digne de ce nom. Des deux cent cinquante membres d'équipages qui avaient embarqué pour cette mission, seuls quatre-vingt onze étaient encore en vie. Les vétérans comme Gorgov étaient à présents des vieillards octogénaires, alors que les recrues et stagiaires étaient devenus des quadras.

Pour le bien de tous, il ne fallut pas attendre bien longtemps avant qu'un scientifique détecte une masse artificielle en orbite géodésique autour d'une planète tellurique. Une base stellaire ! Deux années supplémentaires pour que le vaisseau humain agonisant puisse s'en approcher. Deux années de préparatifs dans une ambiance électrique et bouillonnante; entre peur de l'inconnue et espoir d'une issue favorable.

A présent que le Perséphone était en approche, le commandant Fabio Dicarlo, à qui Gorgov avait passé le pouvoir, s'impatientait. Toute tentative pour communiquer avec cette base s'était soldée par un silence absolu. Aucun insigne ou drapeau n'était peint sur la coque d'aucun des modules. Pourtant, la base paraissait gigantesque. Trois ou quatre cents humains au moins devaient pouvoir y vivre à plein temps. Vaguement ovoïde avec une série d'extensions greffées sur une ceinture, cette station présentait en plus un dock d'appontage particulièrement bien pensé : il semblait conçu pour que n'importe quel vaisseau y apponte. C'était ce qu'allait faire le Perséphone. Ce serait d'ailleurs l'une des dernières choses dont ce navire était capable : la décélération avait presque achevé les générateurs d'énergie quantiques. Si Dicarlo et ses hommes ne trouvaient pas d'aide dans cette base, ils étaient finis.
- Toujours rien, Melo ? demanda l'officier à un ingénieur spécialisé en xéno-biologie.
- Rien, commandant, et nos scanners ne révèlent aucun mouvement à l'intérieur de cette station pas plus qu'une éventuelle activité électrique. Ça a l'air complètement mort !
- Restons sur nos gardes et arrimons-nous. Les commandos sont prêts ?

Un léger soupir échappa au lieutenant Colline Renoir, l'une des personnes les plus jeunes du bord. Les soldats qu'elle était supposée mener au combat avait tous la cinquantaine bien tassée. Défaitiste par nature mais tenace dans l'adversité, elle ne voyait pas comment les humains pourraient remporter un quelconque combat s'il devait y en avoir un.
- Oui, commandant, répondit-elle, autant qu'ils puissent l'être.

Comme il ne subsistait plus aucun pilote, la manoeuvre d'approche fut confiée à la semi-Intelligence Artificielle. Cela dura quelques minutes avant qu'enfin le sas puisse s'ouvrir. Aussitôt la cellule tactique du lieutenant Renoir s'activa. Ses dix hommes, engoncés dans leurs scaphandres de combat, pénétraient dans la base, les données des caméras et des bio-feedbacks tombèrent en cascade sur ses consoles.
- Du calme, Douglas, intima-t-elle aussitôt à l'un des gars, y a pas âme qui vive. Vas-y molo.
Pour s'en assurer, elle commanda l'injection d'un léger anxiolytique et diminua la concentration d'oxygène de l'interpellé.
- Ici leader, annonça la voix calme d'Hugo Pareira. Nous passons un nouveau sas resté ouvert. Aucune atmosphère. Pas de gravité : on va devoir nager en apesanteur. Les couloirs sont des boyaux d'environs deux mètres de diamètres : s'il fallait tenir debout, ça serait juste.

Tout le personnel du Perséphone retenait son souffle, le rythme cardiaque calqué sur celui des commandos. Ceux-ci poursuivirent leur progression, avec une prudence loin d'être feinte.
- Pas d'origine humaine, reprit Pareira. Regardez ça.

Sa caméra balaya une sorte de panneau de plexiglas. On y voyait une série de signes, certainement issu d'un alphabet, mais rien qui ait pu voir le jour sur Terre.
- Ce qui me dérange encore plus, sergent, fit Dicarlo en s'invitant sur le fréquence, c'est l'absence de notion de plancher, non ?
La caméra pivota pour montrer le sol. De fait, celui-ci n'était pas plan. Le boyau était toujours parfaitement sphérique.
- J'aperçois un hall droit devant, lança la voix un brin tendu de Douglas. Je crois deviner d'autres panneau de ce goût-là.
- Doug, ordonna Colline Renoir, décroche un de tes jouets et envoie-le là-bas.

Le soldat s'exécuta dans l'instant : un robot de la taille d'un colibri se déploya depuis son équipement dorsal. Une nouvel écran relaya les images que la semi-IA tactique analysait et stabilisait en temps réel. Le robot fila comme une flèche, piloté par Douglas via des impulsions neurales et une liaison par fréquences sécurisées. Le fameux hall ne tarda pas à apparaître aux yeux de tous les humains... et plus aucun doute ne fut permis.

Une fois encore la pièce était sphérique. De celle-ci rayonnait une dizaine de boyaux, copies conformes de celui par lequel les soldats approchaient. Il était difficile de se faire une idée du haut et du bas. La disposition à différentes hauteurs et sous autant d'angles de panonceaux donnaient le tournis. Cependant, le colibri ne s'attarda pas sur ces détails car Douglas, grommelant un chapelet de jurons, l'envoya vers l'une des embouchures.
- T'as vu quoi ? le questionna aussitôt Renoir qui s'inquiétait plutôt de l'envolée de la tension nerveuse du commando.
- Bordel, mais ça : ça ! cria l'homme dont la voix horrifiée éclata dans tous les haut-parleurs du Perséphone.

Son robot se cabra à l'entrée d'un nouveau tunnel, sa caméra fit rapidement le point sur ce qui sembla être un débris flottant. Mais, peu à peu, chacun fut à même de discerner une combinaison d'une genre inédit. Aucun homme jamais ne pourrait rentrer là-dedans. La partie centrale devait protéger un corps de la forme d'une larve d'environ soixante-dix à quatre-vingt centimètres. Un genre de verrière munie de nombreux capteurs se situait aux deux extrémités. Le plus étonnant était encore ce dispositif d'apparence fragile, presque diaphane, dans lequel devait se glisser deux paires d'ailes fines. Au final, on devinait une race aux allures de libellules géantes.
- Et bien, messieurs dames, tonna avec une fierté mal dissimulée le vieux Gorgov, si nos compatriotes ne l'ont pas fait en notre absence, nous sommes les premiers à prouver que l'humanité n'a pas la galaxie comme terrain de jeu pour elle seule.
- En attendant, lui rétorqua Dicarlo plus pragmatique, dans cette station, il y a de fortes chances qu'on soit seul.
Il se tourna d'un bloc vers Renoir.
- Lieutenant, que chaque commando lance un robot à l'assaut de ces couloirs. Cartographions l'ensemble de cet édifice.
Puis, le militaire s'approcha de Nicolas Melo.
- Quant à vous, l'équipe scientifique, vous allez de nouveau jouer un rôle primordial pour notre survie.
- Oui ? gémit l'homme.
- Il va falloir établir un semblant de gravité, je ne tiens pas à nager. Ensuite, il faudra trouver le moyen d'y insuffler de l'air respirable.
- Bien, bien, en s'appuyant sur ce qu'il reste des ressources au Perséphone, on doit y arriver, se détendit Melo.
- Je n'en doute pas. Mais avouez que pour des esprits tels que les vôtres, ce serait trop simple : cela manquerait de challenge, de piquant...
- Ah ? blémit le scientifique.
Avec une expression que personne ne lui connaissait, Dicarlo imposa sa présence au-dessus de Melo. Ses yeux reflétait une dureté froide, une détermination sans limite.
- Trouvez le moyen de renflouer notre navire en cannibalisant tout ce qui nous fait défaut, dopez le pour qu'il soit plus rapide que la mort qui fauche nos rangs et découvrez dans les technologies de cette race de quoi faire de nous des hommes riches à notre retour.

4. Il y a quelques mois...

Fabio Dicarlo émergea de la cuve dont le gaz verdâtre se répandit autour de lui en une brume méphitique. D'un geste sauvage, il arracha le masque qui lui couvrait la bouche et le nez et le jeta au sol. Poings fermés, bras largement écartés pour ouvrir le plus possible sa large cage thoracique, celui qui avait été un officier Explorastro humain rejeta la tête en arrière et poussa un long cri. Le hurlement d'une bête. Auquel répondit une dizaine de ses compagnons, sa meute.

Comme la soixantaine de survivants du Perséphone, Dicarlo était toujours debout malgré ses cent cinquante trois ans. Cependant, s'il n'avait pas perdu la vie, il avait eu à payer un prix exorbitant : il avait sacrifié son humanité. Lui comme les autres.

Durant le siècle qui s'était écoulé, les derniers scientifiques avaient accompli un travail considérable compte-tenu de leur faible nombre et de la somme de connaissances à acquérir. Sans relâche, ils avaient sollicité toutes leurs ressources, leurs ingéniosité et poussé la semi-IA du bord dans ses derniers retranchements. L'exploration de la station spatiale avait été un choc. Image un peu osé, mais Melo avait dit que les mayas n'auraient pas été moins incrédules en s'aventurant dans un galion espagnol. L'avance technologique des Libelliens, comme ils avaient été baptisés, était inimaginable.

S'il avait été possible de rétablir dans un délai très bref une atmosphère respirable, il en avait été tout autrement de la gravité. Ces êtres avait de quoi générer un air riche en oxygène et compatible avec la physiologie humaine. Par contre, leur aptitude naturel au vol les prédisposait à une existence en apesanteur. S'il s'avérait acquis qu'ils connaissaient le principe des ondes gravitationnelles, les Libelliens ne s'en servaient que pour accélérer les déplacements dans la station au moyen de puits de gravité. Les humains avaient dû adapté la technologie aux pièces dans lesquels ils passaient le plus clair de leur temps.

La découverte fondamentale fut faite par une laborantine, jusque là plutôt insignifiante. Cela faisait deux ans qu'une sorte d'hôpital avait été dénichée dans les niveaux inférieurs de l'ovoïde de la base. Nicolas Melo, comme beaucoup, était d'avis que l'ambition de ce lieu était bien plus grand que de soigner le personnel de la base. L'homme, aussi têtu qu'impressionnable, y avait disparu pendant des semaines, des mois peut-être jusqu'au jour où il réapparut avec un sourire triomphal.
- Ce sont des séquenceurs ADN, expliqua-t-il radieux, couplés à une IA de premier ordre. Si vous placez un sujet dans l'une de ces cuves, l'IA sera capable de l'analyser en profondeur et d'opérer au niveau moléculaire ou génétique pour le modifier.
- C'est du charabia ! s'était alors emporté Douglas, que la folie gagnait doucement.
- Mais pas du tout, avait poursuivi le professeur, comprenez bien ceci : l'IA envoie des nanites dans le gaz qui sature la cuve. Celles-ci ont pour vocation de modifier le candidat en fonction du résultat souhaité.

Dicarlo n'avait eu aucun mal à assimiler cette information et la lia aussitôt à une autre sensation. Quelques jours plus tôt, Renoir lui avait fait la démonstration que la ceinture d'extensions autour de la station était constituée, ni plus ni moins, de distorseurs d'un genre révolutionnaire. Ils étaient capables de déceler des points de saut de très faible masse. Pour le commandant, les Libelliens parcouraient la galaxie à la recherche de planètes à coloniser. Et si celle-ci ne faisait pas tout à fait l'affaire, ils se modifiaient génétiquement pour être capables de s'y implanter. Autre scénario envisagé par la pessimiste Renoir : les Libelliens se livraient à des expériences sur toutes les races qu'ils pouvaient découvrir lors de leurs pérégrinations spatiales. Moins réjouissant mais tout aussi plausible.

Par contre, le champ des possibilités qui s'offrit soudain aux humains leur donna le vertige. Douglas entrevit l'immortalité, Dicarlo le moyen de rentrer et Renoir... un danger apocalyptique.

S'attelant à la tâche avec une vigeur nouvelle, l'équipe scientifique réussit à se rendre maître des processus des cuves. Cependant, s'ils savaient comment elles fonctionnaient, ils étaient tributaires de certains choix que faisait seule l'IA.

Les premières tentatives, quatre exactement, menées sur des volontaires en fin de vie, se soldèrent par des échecs. Atrocement modifiés, l'IA comprit qu'avec les humains les altérations devaient se faire graduellement. Elle prit ces nouveaux sujets pour des êtres faibles, se méprenant sur leur âge avancé. Les essais suivants virent sortir des cuves des cobayes rajeunis d'une quinzaine d'année. La nanotechnologie à l'oeuvre s'attaqua aux muscles pour les renforcer, aux organes pour les optimiser, aux os pour les solidifier et aux nerfs pour accélérer les transmissions de signaux.

Chaque cycle en cuve permit peu à peu à tous les survivants qui toléraient ce traitement de retrouver les apparats de la trentaine. Cependant, même si les effets collatéraux comme les rejets étaient nombreux, le recours aux cuves étaient de plus en plus fréquents. A chaque fois, la nature semblait reprendre le dessus et forçait un vieillissement toujours plus rapide. Certains périrent d'avoir mutés au-delà de ce que leur corps ou leur esprit pouvait tolérer. D'autres succombèrent d'épuisement. Les derniers n'étaient finalement plus que des cyborgs aux comportements primaires, bestiaux.

Dicarlo cessa de s'époumoner et secoua sa tête massive. Les implants oculaires finissaient leur mise au point. Il darda son regard rouge à la recherche du dernier des scientifiques. Nicolas Melo, témoin privilégié de ce carnage biotechnologique, se tordait les mains. Il ne fit usage des cuves qu'au strict minimum, de quoi prolonger sa vie et finir ce qu'il s'était fixé comme dernière promesse : renvoyer le Perséphone vers la Terre.
- Eh bien ? gronda comme le tonnerre la voix rauque de Dicarlo. T'as quoi à dire ? Parle !
- C'est... c'est terminé, commandant, balbutia le vieux professeur.
- Hein ? Quoi ?
- Mais le raccordement des distorseurs libelliens sur notre navire. La configuration du détecteur de point de saut est aussi achevée.
- Partir ? C'est ça que tu dis ? Nous rentrons ?
- Oui...oui...murmura Melo, nous rentrons.

Des cris assourdissants résonnèrent dans tous les boyaux de la station comme la meute se mettait en marche vers le sas du Perséphone. Sans un regard en arrière, sans attendre le pauvre Melo. Lequel d'entre eux aurait pu se douter de l'usage de l'inoculateur qu'il serrait contre lui ?

5. Il y a quelques minutes ...

La semi IA pilotait toutes les activités du Perséphone. L'approche de toute planète viable ou colonie détectée était la première directive implantée par Nicolas Melo. Le scientifique avait programmé le dernier vol du Perséphone pour qu'il ramène celui-ci et ses occupants vers des gens capables de s'occuper des survivants. Par la même occasion, son ultime souhait fut que les défunts, dans des cercueils cryogéniques, puissent recevoir les honneurs qui leur étaient dûs. Melo s'était ensuite offert une mort douce, allongé dans l'un de ces cercueils, en laissant un enregistrement où il s'excusait pour tout le mal qu'il avait pu faire, lui dont le génie avait été si mal exploité par les militaires.

Les mutants, mi-cyborgs, n'avaient sans doute même pas remarqué l'absence du professeur : ils n'étaient presque plus capables d'actions sensées. La moindre contrariété dans l'espace confiné du vaisseau les poussait les uns contre les autres. Combats titanesques de biotechnologies avancées, boostées aux max de tolérances de leurs nouveaux corps. Des armes au plasma intégrées directement dans les avant-bras, il en fut fait usage au-delà de tout discernement. Des zones entières du navire furent dévastées, rendant sa progression chaotique et ses chances de réussir une approche atmosphérique quasi-nulle.

Combien serait encore là si soudain, la semi IA du Perséphone n'avait pas enfin repéré la présence d'une colonie humaine ? Le dernier point de saut aura été le bon. L'exultation de la meute fut sans limite. Dicarlo invectiva ses troupes pour que chacun trouve une place dans une capsule d'éjection. La base orbitale que distinguaient les radars était trop petite pour espérer une mégalopole, mais il y avait des signes de passages réguliers de cargos et une installation sur un planétoïde.
- Là, on va se battre ! Cet endroit sera à nous, mes frères !

La cible était sans ambigüité. Ce qui restait de lucidité à l'ancien officier de la force Explorastro comprenait bien qu'on n'allait pas les accueillir les bras ouverts. Il devinait aussi que pour faire taire les douleurs que tous ressentaient, pour briser le manque que le gaz des cuves avait créé, pour enrayer le vieillissement accru de leurs nouvelles carcasses, il n'avait pas d'autre choix : les siens devaient s'emparer de cette base coute que coute. Vaincre ou périr. Puisqu'il ne fallait pas que les défenses aient le temps de s'organiser, le Perséphone ne freinerait pas...

6. Maintenant...

Avec effarement, Bob et Diego voyaient s'affiner les représentations du vaisseau qui fondait sur Tempest. Même sans être des spécialistes en astronautique, il était évident que ce navire était de facture humaine. Du moins, l'avait été. Des protubérances aux fonctions inconnues apparaissent sur le pourtour de la proue, alors que des nacelles de distorsion d'un genre nouveau avaient été greffées au niveau de la propulsion. Le Perséphone, car le schéma effectivement semblait correspondre aux données d'archives, avait pourtant été porté disparu plus d'un siècle auparavant.
- Et leurs foutus moteurs, là, grommelait Bob en se fiant à son expérience de mécano, ça ressemble drôlement à du purgatorien ça.
- Tu veux dire que des purgatoriens nous attaquent ? paniqua Diego.
- 'tain, toi, t'en tiens vraiment une couche ! s'emporta l'ancien. S'ils étaient de retour, ça m'étonnerait qu'ils s'attaquent à nous. Sers toi de ta cervelle de temps en temps.
- Bon, okay, ça va, pas la peine de s'énerver comme ça. Alors Bob, c'est qui ces gars ?
- Pas la moindre idée, bougonna-t-il. Mais la station vient de les classer « agressifs » : ça va bastonner... et on sera aux premières loges.

Si le mécano était mal, il parvenait à bien dissimuler son stress. Diego Agusto, lui, n'en menait pas large et la sueur qui inondait son front en témoignait. L'alerte rouge mit en branle un protocole qui ne nécessitait aucune intervention humain. La passerelle se verrouilla alors que dans la station LRS, de lugubres grincements annonçaient son changement de géométrie. Des batteries lance-missiles balistiques se déployaient. Un barrage de plasma allait illuminer l'orbite de Tempest.
- Accroche-toi petit, lui souffla Bob. Si on est trop mal, nos fauteuils nous emmèneront directement dans une capsule d'éjection.

Un clin d'oeil plus tard, le clic des ceintures de sécurité se firent entendre. Un compte-à-rebours annonça la première salve pour dix secondes plus tard.
- Mais c'est quoi ce délire ? hurla Conrad Jensen, chef de la communauté de Tempest.

Dans le centre névralgique de sa base minière, l'effervescence avait tout mis sans dessus-dessous. La station LRS relayait à la vitesse de la lumière les informations qu'elle possédait et venait d'annoncer son activation du mode combat. Vingt minutes de réflexion, c'était tout ce qu'ils avaient eu entre la détection de cette antiquité de l'EDSE et son approche rageuse. A peine le temps d'envoyer un message prioritaire au conseil des Forteresses.
- Quelqu'un peut me répondre, ouais ? Il cause pas alors ce Perséphone ?
- Pas une goutte, chef, silence total, lui affirma avec un calme exemplaire Lucie, sa propre fille.
- Mais ils vont quand même pas percuter ? Ils ont forcément l'anti-collision... non ?
- A priori, ils vont plutôt frôler l'orbite de transfert, lui renvoya la jeune femme.
- Quelqu'un pourrait me fournir une explication ? Une qu'un mineur puisse comprendre, je veux dire !
Une hésitation se propagea dans les rangs de la petite dizaine de personnes présentes.
- Personne n'a la moindre idée alors ?

Un grésillement attira l'attention de Conrad vers un écran de contrôle. Dans un hangar près de la surface du planétoïde, huit méchas prenaient vie. Des monstres d'alliages, de vérins et d'électronique. Leur présence était une nécessité absolue pour forer dans les roches les plus denses. Néanmoins, là ne résidait pas la seule raison de leur présence. Avec un minimum d'effort, et quelques recours au marché noir, ces méchas miniers prenaient rapidement des allures de machines de guerre.
- Ici, Pierce. On est prêt à les accueillir, lança gravement la voix du meneur.
- Parce que tu crois qu'ils vont venir nous dire bonjour, se moqua Conrad.
- Papa, le coupa avec douceur Lucie, ils ne vont pas seulement venir : ils vont nous sauter dessus.
Négligeant les propos de sa fille, Conrad attrapa le micro.
- Pierce, qu'est-ce que tu lui as mis en tête ?
- Allez, chef, c'est évident : tu crois qu'ils vont approcher l'orbite juste pour rire ? Si j'étais eux, je balancerai mes commandos en capsules de sauvetage et programmerait le vaisseau pour revenir me prendre plus tard.
- Connerie ! jugea aussitôt le chef. Ça tient pas...
La sirène mugit. La station LRS venait d'ouvrir le feu. Du Perséphone, quarante-deux capsules venaient de gicler.
- Merde, jura Conrad. Pierce, que tes Grizzlys se tiennent prêts : on va se faire cartonner !

Les trainées plasma déchiraient l'espace. Celles de la station LRS labouraient les flancs peu épais du Perséphone, alors que l'antique vaisseau se défendait avec la fougue du désespoir. La station du conseil des Forteresses ne tiendrait pas longtemps : des explosions multiples constellaient les tableaux de contrôle. La dépressurisation gagnait du terrain, le feu se propageait là où se trouvait encore de l'air.

L'ancien navire humain n'était pas mieux. Ses boucliers sautaient les uns après les autres. De longs panaches de gaz jaillissaient d'un peu partout. Un début de vrille s'amorça Néanmoins, le Perséphone avait craché ses dernières cartouches. Des capsules, trop petites pour être interceptées par les défenses satellitaires étaient désormais en chute libre vers Tempest.
- Ça va être à notre tour, beugla Bob à son jeune apprenti.
- Quoi ? voulut se faire confirmer celui-ci.
- Les explosions nous ont arraché à notre orbite. La station va se désagréger.
- Et eux ? Demanda Diego.
- Qu'est-ce t'en a à foutre ? grinça le mécano.
Calmé par la mine déconfite, qu'éclairaient sporadiquement les éclats bleus, orange, rouge ou blancs du combat spatial retransmis par les holo-écrans, le vieux reprit en lui serrant l'avant-bras.
- Leur maudit cercueil va filer se perdre dans les tempêtes de la géante gazeuse.
A peine sa phrase finit, la semi-IA prit la décision de les évacuer. Eux aussi allaient connaître un retour agité sur Tempest.

Les drogues de combat se ruaient dans ses veines et surchargeaient ses sens de données brutes. Pas même sanglé dans sa capsule, Dicarlo exultait. Il avait déjà le goût du sang dans la bouche. Le combat ? Il était prêt à le livrer. Il n'attendait que ça. Il avait besoin de se sentir vivant. Son exo-squelette raclait la paroi exigu de ce qu'il assimilait à un tombeau. Il avait hâte que la porte s'ouvre. Hâte de se ruer à l'extérieur, de courir de toute la force de ses muscles améliorées, démultipliée par les gyroscopes de son armure de combat.

Celle-ci d'ailleurs aurait pu lui faire être fatale et risquait de se révéler handicapante. Pour adapter les combinaisons à la nouvelle stature des soldats, ils y étaient allés à grand coups de marteau. Il n'était pas resté un seul de ces maudits ingénieurs pour faire le boulot. Mais ils ne s'en étaient pas trop mal sorti : au moins, c'était toujours étanche.

Si Dicarlo avait oublié plus de la moitié de ce à quoi servait ce qui s'affichait sur son champ de visée, certaines données restaient claires : absence d'atmosphère respirable et gravité à 0,2 du standard.
- Chef, grogna une voix méconnaissable.
L'ancien officier terrien remarqua que l'icône de Douglas clignotait : il était presque déjà au sol.
- Ouais ? demanda-t-il alors.
- Y a un comité d'accueil. Des robots !
Un rire démoniaque satura la fréquence.

Les capsules fendirent les fines volutes de gaz sulfureux de Tempest. Les rétro-fusèrent crachèrent des jets d'un blanc pur et freinèrent leurs chutes. Pierce n'attendit pas plus longtemps pour ordonner à ses gars de tirer à volonté. Mais leurs ennemis avaient aussi anticipé cela : à une dizaine de mètre du sol, les trappes d'évacuation furent violemment expulsées. Aussitôt, des formes humanoïdes s'éloignèrent des capsules à une vitesse ahurissante.
- Merde, Lucie, t'as vu ça ? S'enquit Pierce.
- Ouais ! C'est complètement dingue ! La semi-IA identifie dans ce fatras de l'armement humain vieux d'une centaine d'année.
- Pas grand chose à craindre alors ? plaisanta son ami.
- N'en sois pas si sûr : il y a aussi pas mal de choses qui nous sont inconnues.
Un voyant rouge attira l'attention de la jeune fille.
- Pierce, Adam se fait prendre à partie.

Lâchant un chapelet de jurons, Pierce força son mécha de classe Grizzly à adopter une posture plus féline. Un nouveau jeu de jambes apparu à l'arrière, chacune munie de trois puissantes griffes afin de trouver de l'adhérence par cette faible gravité. De loin, son mécha avait pris une vague apparence de centaure, presque d'un rithaï.
- Tiens bon Adam, on s'amène.
- Y en a deux qui m'engagent au corps à corps, haleta-t-il. Sont forts, très forts ! Magnez-vous...
Un seul quatuor de Grizzlys était sorti par sécurité. La seconde équipe était campée en face de la coupole d'admission à la structure habitable.
- Conrad, souffla Pierce, je te conseille de fermer les portes.
- Fais ce qu'il dit, ordonna le chef de Tempest à sa fille. Ces mecs ne viennent pas pour le thé.
Pour lui donner raison, l'icône d'Adam s'éteignit.

Pierce distingua, à une trentaine de mètre devant lui, l'éclat blanc-bleu d'une explosion d'énergie. Il força encore l'allure malgré les déformations du terrain. D'une impulsion, il parvint au sommet d'une saillie rocheuse, en forme de pic, à quelques pas sur la gauche de sa course. De là, il avait une vue imprenable sur le boyau d'accès au dôme. Une trentaine d'hommes en armure cavalaient, ou claudiquaient pour certains. Visiblement mal à l'aise dans leur combinaison, ils se débattaient contre la faible gravité du planétoïde. Près de lui, les deux autres Grizzlys apparurent. Le dernier, celui que pilotait Adam, était en contre bas, réduit en charpie.
- Y aura pas de quartier avec ces mecs-là, pesta Pierce. Dézinguez-les !

Dicarlo n'entendait plus rien, plus rien d'autres que sa propre respiration. Il ne ressentait rien d'autres que l'appel de la vie. Dans ce drôle de robot sur-lequel il était tombé, il y avait eu un homme. Comme il était petit et faible. Il l'avait tué, broyé de ses mains puissantes. Il avait savouré ce moment. Un pur plaisir. Une joie insoutenable. Il en avait hurlé. Plus loin, devant lui, il y en avait d'autres qui gardaient l'entrée d'un dôme. A cent mètres, il sentait leur peur. Ils avaient entendu sa meute crier. Mais leurs armes étaient puissantes : elles perçaient le blindage des armures des siens. Peu lui importait : « only the strong » pensait-il.

De ses épaulettes, une pluie de missiles à sous-munitions fusa en direction du sas et de ses défenseurs. Il ne fut pas le seul à lancer l'assaut. Ricanant comme un hyène, Douglas le dépassa pour se jeter sur les ennemis. Sa combinaison était presque en miette. Il paraissait incroyable qu'il fusse encore en vie.
- On va tous crever ici, répétait en boucle celle qui fut Colline Renoir.
Les plaques de sa propre armure avaient viré au rouge vif tant elle avait eu à encaisser de tirs énergétiques. Quoi qu'il advienne, Fabio Dicarlo se savait le plus fort. Lui continuerait d'avancer.

La bataille fut d'une violence inouïe d'autant qu'elle fut brusque et brève.

Si dans l'espace, le sort de l'épave qu'était devenu le Perséphone fut rapidement scellé par la gravité de la géante gazeuse qui le happa, il en fut tout autrement au sol.

Les méchas Grizzlys de Pierce avaient été pour beaucoup dans la victoire finale mais à quel prix ! Un déluge de feu avait accompagné la charge furieuse de ces combattants surgis d'un improbable passé. Malgré une résistance acharnée, cinq d'entre eux avaient pénétré sous le dôme. Pierce sur leurs talons, un combat de titans avaient alors eu lieu. La grande salle de maintenance des véhicules était devenu l'arène improvisé de ces gladiateurs modernes. Les Grizzlys vinrent à bout sans trop de difficultés de tous les ennemis, sauf d'un.
« Mon nom est Dicarlo » avait-il rugit en se défaisant de son armure après quinze minutes d'affrontement où il avait tenu la dragée haute à Pierce et son mécha.

La stupeur avait gagné les rangs des mineurs. Ce Dicarlo, grand de deux mètres, disposait d'un exo-squelette greffé sur sa propre charpente osseuse. Sa peau grise comme l'acier, semblait parcourue de pulsations lumineuses ; de lourdes plaques, comme une carapace, lui protégeaient épaules, cages thoraciques et dos. Ses yeux remplacés par des cyberoptiques renvoyaient des éclats rouge sang. De ses avant-bras, l'homme pouvait faire surgir des armes d'un genre inconnu. Les traits d'énergie qui en jaillissaient découpèrent le bras gauche de Pierce au ras de l'épaule, dès le premier engagement.

De stupeur, aucun autre Grizzly n'osa s'approcher. Du fait la proximité des deux combattants, il fut trop risqué de tirer. Pierce aurait dû y passer sans une brillante inspiration de Lucie. La jeune femme balança une grenade EMP entre les deux hommes. Si le blast acheva le Grizzly de Pierce, il provoqua l'effet d'un crise d'épilepsie au cyborg. Tombant comme une masse sur le sol, il convulsa comme un dément, ses membres devenu soudain inutilisables.

Les renforts du conseil des Forteresses arrivèrent, comme l'a toujours dit la sagesse populaire, après la bataille. Cependant, ils ne repartirent pas les mains vides. Le dernier des cyborgs, celui qui répondait au nom de Dicarlo, fut plongé dans un bain cryogénique.

Conrad, peu regardant sur ce qu'il avait perdu, négocia à la hauteur des évènements. Une nouvelle station LRS lui fut promise. Contre leur silence à tous, une prime annuelle leur serait débloquée. Une dizaine de nouveaux Grizzlys se rangea dans le hangar... et Pierce reçut un bras cybernétique dernier cri. Bien sûr, les familles des victimes furent indemnisées sur la base d'un accident... un banal coup de grisou. Bob Jarvis embarqua sur le premier cargo en partance vers le centre des HnH, avec Diego Agusto dans ses bagages.
- Là-bas, on ouvrira un atelier de maintenance stellaire : on sera peinard, tu verras p'tit.


Dim 13 Sep 2009 09:46
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Inscription : Dim 2 Août 2009 11:28
Message(s) : 946
Localisation : Spatien
Pour celui là, je suis resté scotché en attendant de savoir la fin. C'est super bien écrit et le suspense est superbement travaillé.
L'auteur pourrait d'ailleurs augmenter la donne en modifiant la présentation des accroches, plus grande par exemple et mieux séparé.

Sinon sur le style rien à redire, pareil sur la chronologie.

Ah si Bob Jarvis et Diego Augusto sont des personnages très charismatique malgré leur très faible présence dans l'histoire, il serait bon de les réutiliser.

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Sam 19 Sep 2009 18:27
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Inscription : Lun 17 Mai 2004 11:13
Message(s) : 3131
Localisation : Près de Paris
Bonjour Soulnight,


Là tu poses une excellente question, réutiliser des personnages. Dans chaque nouvelles il y en a quelques-uns qui pourraient faire une belle carrière dans d'autres nouvelles ^-^

C'est aussi un des objectifs de ces appels à textes : faire que les textes proposés année après année se répondent, s'enrichissent l'un l'autre et finissent par tisser une toile qui décrit l'univers Hoshikaze ! Et reprendre des personnages de nouvelles déjà existante permet de bien ancrer le nouveau texte dans l'existant.

Coté chronologie, je me demande si l'on ne devrait pas placer chaque nouvelle dans le temps assez précisément et inclure une ligne de temps sur une page dans le recueil ? Mais comment le présenter ? A voir...

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Benoît 'Mutos' ROBIN

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Dim 20 Sep 2009 04:33
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Inscription : Dim 2 Août 2009 11:28
Message(s) : 946
Localisation : Spatien
Pour la chronologie, je ne vois pas vraiment ce que tu veux dire.

Si tu parle d'organiser les nouvelles dans un ordre chronologique en les datant, c'est très risqué, d'un il y a des risque d'incohérence et de deux le classement par chronologie est trop linéaire et pas intéressant pour un recueil.

La deuxième chose que je comprend serait de dater précisément chaque récit. C'est une bonne idée mais il faut faire attention aux incohérence. Après, on peut jouer sur les calendriers des différentes espèces.

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Dim 20 Sep 2009 13:34
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Inscription : Sam 2 Mai 2009 21:16
Message(s) : 527
Je ne souhaite pas non plus une chronologie trop rigoureuse. Avec plusieurs auteurs qui ne peuvent pas se coordonner à 100%, ce serait le bloquage garanti. Mais je crois bon d'avoir une chronologie assez souple incluant les prises de contact entre les espèces. J'ai déjà donné mon avis là-dessus dans un autre fil:

" 2009 10:16 pm
Messages: 65

Éditer le message Répondre en citant
Message Re: Ordre des nouvelles dans le recueil
Je serais pour suivre la chronologie spatiale:

"Le Dernier vol du Perséphone" correspond aux débuts des Hoshi no Hekka, la guerre des Cartels a commencé ou se prépare, mais il n'est pas fait allusion à d'autres espèces sentientes. En plus, "120 ans avant" nous ramène aux tout débuts de l'expansion spatiale humaine, c'est idéal pour une introduction du cycle. J'ajoute que la nouvelle est excellente et nous met tout de suite au coeur de l'univers Hoshikaze.

Le cycle Irilia se situe dans les dernières années de la 2e Guerre des Confins, l'Alliance Planétariste a déjà des contacts suivis avec les Rithai et les K'rinns mais ignore encore beaucoup de choses à leur sujet.

"Survie en milieu hostile" se situe dans les premières années de l'après-guerre, c'est une nouvelle amusante, bien écrite, et qui crée un moment de détente agréable à côté de récits plus durs.

"Opération Pollinisation", c'est la guerre froide entre Alliance Planétariste et Ligue Centrale, donc encore plus tard. La technique avancée de transfert de personnalité doit aussi appartenir à une époque assez tardive. D'ailleurs, la nouvelle est un peu courte et il y a des aspects qui pourraient être plus développés. On en reparlera.

"De Charybde en Scylla": les équipages multi-espèces sont devenus habituels, l'invention de Salomon est une nouvelle révolution par rapport aux biotechnologies antérieures: donc, époque tardive.

En plus, le recueil se terminerait par où il a commencé: la découverte d'une relique des Purgatoriens, et le mystère de leur disparition."


Dim 20 Sep 2009 15:04
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Inscription : Lun 17 Mai 2004 11:13
Message(s) : 3131
Localisation : Près de Paris
Bonjour à tous,


La discussion sur la chronologie est intéressante, mais j'ai déplacé mes réponses sur ce sujet dans le topic "Ordre des nouvelles" pour éviter de devenir trop brouillon. Globalement, l'idée était une chronologie approximative à 5-10 ans près.

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Benoît 'Mutos' ROBIN

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Mar 22 Sep 2009 18:33
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Inscription : Lun 11 Mai 2009 12:23
Message(s) : 57
Localisation : Bretagne
Hop
puisqu'il a été décidé que les auteurs se dévoilaient,
c'est donc moi qui ai commis ce "dernier vol du perséphone".

et je suis bien sûr à votre écoute pour toute question, critique ou commentaire ! :)

je vous remercie d'ors et déjà pour le bon accueil que vous lui avez réservé.


Mar 29 Sep 2009 12:17
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Inscription : Lun 11 Mai 2009 12:23
Message(s) : 57
Localisation : Bretagne
salut Soulnight !

je crains que tu ne te sois trompé de "fil".
Les points auxquels tu fais allusion semblent concerner le texte "opération pollinisation".

ADMIN EDIT : OK, j'ai déplacé le message en question, merci Corwin de l'avoir signalé ^-^


Mer 30 Sep 2009 09:15
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Inscription : Mar 6 Jan 2009 12:20
Message(s) : 84
Localisation : 77
bonjour à tous,

réponse un peu tardive, désolé.
très bon récit, le suspense est bien tenu jusqu'au bout. le langage "parlé" (pour ma part) donne de la vie aux dialogues et je trouve ça très bien...

une petite suite sur les aventures de Bob et Diego ??

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http://alexandreverkelak.unblog.fr/


Mer 14 Oct 2009 16:45
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Inscription : Lun 11 Mai 2009 12:23
Message(s) : 57
Localisation : Bretagne
selenim a écrit :
une petite suite sur les aventures de Bob et Diego ??



oui, j'y pense sérieusement.
malheureusement pour eux, je crois bien que Diego et Bob n'ont pas fini d'en baver :)


Mer 14 Oct 2009 17:38
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